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Cordier

Dans le domaine des arts, et même des arts plastiques, le premier XXieme siècle pensait avoir tout vu ou tout créé. La vraie nouveauté, celle qui apparaît sur un support inconnu, créant un objet ou une image jamais vue auparavant, est une chose rare qui mérite, quand elle apparaît, une place dans l'histoire des arts. L'œuvre de Pierre Cordier s'inscrit dans cette originalité absolue, une démarche de création totale qui va au-delà de l'usage de techniques mixtes.

 

Qui est Pierre Cordier ?

La production artistique et les innovations techniques de Pierre Cordier sont à la fois le fruit et le moteur d'une longue carrière artistique, faite d'une curiosité insatiable et de rencontres extraordinaires.

 

Les origines

Pierre Cordier naît en Belgique en 1933. Il est issu d'une famille franco-belge d'industriels importants, dont la spécialité est la production de produits cosmétiques. Ce premier point n'est pas négligeable : en effet, il acquiert de façon informelle des connaissances sur certains produits utilisés, et une habitude de leur manipulation. Étudiant brillant, il développe cependant, très jeune, une fibre artistique à travers une passion pour le jazz. Il rencontre en 1952 Georges Brassens, alors peu connu, avec qui il se lie d'amitié. Il l'enregistre et le photographie, prenant au passage les conseils amicaux d'un homme qui voit en lui un artiste capable de tracer sa route. Il étudie, puis est diplômé en sciences politiques et administratives, avant de faire son service militaire en Allemagne.


Celui-ci se termine en 1956, et là encore, c'est une rencontre fortuite qui le met sur le chemin de sa vocation. Alors qu'il commence sérieusement à étudier la photographie, il signe, le 10 Novembre 1956, une dédicace à une jeune allemande, au vernis à ongles, sur du papier photosensible. C'est à ce moment que se crée ce qui deviendra le "chimigramme". Débute alors une longue série d'expériences afin de développer cette découverte, dont Pierre Cordier pressent tout le potentiel artistique.Il poursuit sa formation de photographe, réalisant même un reportage en 1957, entre Syrie, Turquie et Irak. Il met toutefois un terme à cette carrière dans la photographie dix ans plus tard, dès lors qu'une certaine reconnaissance le pousse à se consacrer à son art.

 

La véritable carrière de Pierre Cordier

Dès la fin des années 1950, Pierre Cordier multiplie les expérimentations afin de parfaire sa technique de chimigrammie. Il est encouragé par des personnalités influentes dans le monde de la photographie, notamment par Otto Steinert, alors son professeur, qui fonde la "Subjektive Fotografie". Gagnant en notoriété, Cordier devient en 1965 enseignant au sein de l'École nationale des arts visuels de Bruxelles, poste qu'il occupe jusqu'en 1998. Il se consacre pleinement au développement de sa vision artistique, parachevant de nouvelles techniques.


À partir de la fin des années 70, la maturité artistique de Pierre Cordier s'affirme, en même temps que sa maîtrise de sa propre technique. Les expositions se multiplient tout au long des années 80, avec un aboutissement en 1988, ou une rétrospective lui est consacrée au Musée d'art moderne de Bruxelles. En 1994, outre la réalisation d'une grande œuvre dans le métro de Bruxelles, il est nommé, le 6 Janvier, à l'Académie royale de Belgique.


De 1992 à 2007, installé dans le Sud de la France, il réalise une monographie immortalisant cinquante années de recherches. Son oeuvre est alors accueillie au centre Pompidou à Paris, ainsi qu'au Victoria and Albert muséum à Londres. Durant les années suivantes, il est exposé à nouveau à Londres et à Paris, puis à New-York. Il met en place une collaboration remarquable avec Gundi Falk.

Son oeuvre

Comment qualifier et situer l'œuvre de Pierre Cordier ? C'est encore une question ouverte, tant cet artiste contemporain majeur demeure assez inclassable.

 

Le chimigramme


Ce nom est donné par Cordier à la fois à la technique qu'il a créé et à l'œuvre qui en est issue. La physique issue de la peinture (cire, huile, vernis) est associée à la chimie photographique (révélateur, fixateur, émulsion photosensible). Le résultat de cet assemblage s'obtient en pleine lumière, sans appareil ni agrandisseur. Ce n'est de fait ni un photogramme, ni une photographie. Le processus est exactement inverse à celui qui sous-tend la photographie : l'intégralité de la surface sensible est impressionnée, avant que les divers bains chimiques n'agissent de façon sélective, selon un schéma préétabli par l'artiste.


Par un choix de l'ordre des bains, les noirs seront apportés par le révélateur, les blancs par le fixateur. Une infinité de nuances sont dès lors possibles, d'autant que Cordier utilise un produit localisateur, dont la nature et la texture varient à l'infini, influençant le résultat pour chaque bain, selon sa volonté. Quelques évolutions sont notoires. En 1963, Cordier permet que le procédé puisse se mettre en place à partir de photos ou dessins, l'ouvrant au figuratif. En 1972, il améliore de façon définitive les usages du vernis.

 

Les oeuvres remarquables

Issu de techniques mixtes, hybrides, l'œuvre de Pierre Cordier demeure unique et classée uniquement en elle-même. La technique intègre des aléas environnementaux qui la rendent très caractéristique, et qui empêche tout rattachement à une famille de l'univers de la photographie, ou de la peinture. Le résultat est une œuvre qui, pouvant passer pour picturale observée de loin ou négligemment, développe de façon surprenante toute la finition et la brillance d'une photographie. L'ouverture des perspectives visuelles semble encore prometteuse.


Le premier Cordier présente des structures détaillées d'une grande finesse, souvent assez géométriques. Avec la maturité, et l'intégration partielle, et non systématique, d'éléments figuratifs, les chimigrammes se complexifient, offrant au regard un monde de détails aux lumières étranges et profondes. Pierre Cordier est aussi l'auteur, outre les œuvres monumentales précitées, de films expérimentaux, notamment vers la fin des années 1970 et durant les années 1980. Il publie enfin, en 1998, un livre contenant ses photographies personnelles de Georges Brassens, ainsi que ses enregistrements datant du début des années 1950.