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Trevor Paglen vous ouvre les yeux
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Décembre 2021 | Temps de lecture : 17 min | 0 commentaire(s)

À propos d'une interview de l'artiste par Richard Leydier

 

Comment notre époque nous invite-t-elle à voir le monde ? On s'attendrait à ce que cette question soit traitée avec la plus grande exhaustivité car avec la plus extrême liberté par des peintres plutôt que par un photographe. Car la marge de manœuvre qu'offre le pinceau semble pouvoir offrir a priori une palette de possibilités bien plus riche qu'un petit boîtier argentique ou numérique limité par son objectif et la sophistication même de sa technologie. Erreur. Car voici qu'il nous faut intégrer dans l'équation l'art photographique sans étiquette de Trevor Paglen.

 

Art Press nous invite ce mois-ci, à une visite initiatique dans les méandres d'une œuvre qui n'hésite pas à brasser, esthétique, informatique et pouvoir afin de traquer les figures représentatives caractéristiques du toujours à naître 21ème siècle de l'histoire de l'Art. Notre idée même de la mimesis s'en trouve littéralement azimutée au point que nous réalisons soudain combien nous fonctionnions jusqu'ici avec un logiciel obsolète hérité du bon vieux critère de ressemblance d'un bête portrait. On dirait la vie même ! Même Dorian Gray ?

 

Avec Paglen, le mot « photographe » se pare de préfixes exotiques pour former autant de néologismes à nos yeux de profanes. Le téléphotographie et l'astrophotographie côtoient ainsi volontiers la photo sous-marine pour colorer passagèrement d'un ton inattendu l'art visuel d'un surdoué au talent consacré par la très chic bourse MacArthur. C'est ainsi que Paglen nous entraîne dans les coulisses de toutes les technologies volontiers numériques qui refaçonnent notre conception même de la nature et la fonction des images. De l'intelligence artificielle à la conquête spatiale, en passant par la reconnaissance faciale. La photo ailleurs innocemment esthétique n'hésite pas ici à venir se frotter aux ciseaux de la censure et autres tapes sur les doigts des autorités détentrices de ces outils à produire des images non destinées à la seule distraction des masses.

 

Car, non, pour Trevor Paglen, la photographie ne se résume pas à l'art de créer des images en restant dans en zone balisée. Toute la différence finalement de Paglen est que nombre de photographes d'aujourd'hui se demandent ce qu’ils pourraient bien capter à l'aide de leur boîtier. Ils se questionnent sur ce qui pourrait faire la nouvelle photogénie artistique d'aujourd'hui. Interrogation a priori légitime. Trevor Paglen promène son regard et non son boîtier. Il n'est pas sûr de l'utiliser. C'est le sujet qui détermine la technique et donc l'outil à employer. La question première fondatrice de toute la démarche de Paglen est bien plus : que faut-il voir aujourd'hui ? Où doit-on regarder ? On est très loin de la préoccupation basique des photos postées sur les réseaux sociaux. L'artiste ne cherche pas à nous fournir du « bien vu ». Il veut nous apprendre à voir l'invisible, le masqué, le dissimulé.

                                                                              Trevor Paglen Soleil rouge

Il n'est pas incongru d'évoquer ici Assange ou Snowden plutôt que de parler de focales Mais aussi paradoxalement de Musk lorsqu'il est question d'envoyer un diamant de 30m de long signé Paglen dans le vide intersidéral. Pour Trevor Paglen l'œil d'un photographe doit visiblement traîner partout où se construisent la réalité et les mythologies de son siècle. Le mot-clé paglennien est incontestablement « voir ». Pas « prendre ». Ce qui implique de commencer par retirer nos œillères en osant nous aventurer hors de notre zone de confort. Jusqu'au sein d'univers carcéraux s'il le faut. Paglen est passé les voir.

 

En résumé l'art photographique de Travor Paglen est une paire de lunettes roses qu'il nous demande de ne plus porter. Histoire de voir le monde comme ce qu'il est : constitué de surprenants paysages, parfois virtuels ou intérieurs, palpables mais invisibles. Donc à photographier d'urgence.

 

Illustrations :

  • Réflecteur orbital 2018
  • Soleil rouge
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