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Johan Papaconstantino et l'Éros des selfies
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Décembre | Temps de lecture : 18 min | 0 commentaire(s)

À propos de l'exposition au Confort Moderne de Poitiers

Jusqu’au 19/12/2021

 

Quel intérêt y a-t-il à envisager l'exécution d'un tableau comme on aborde l'écriture d'un morceau de musique ? Dans le cas de Johan Papaconstantino, c'est très clair. Tout son génie réside dans la façon dont il transcende sa maîtrise virtuose des techniques picturales hyperréalistes pour intégrer dans la confection de ses tableaux les figures stylistiques phares de la peinture de toujours. Johan Papaconstantino évoque ainsi les plus grands comme Caravage et Ingres aux yeux de Richard Leydier d'Art Press. Mais il s'abstient totalement de toute velléité de leur rendre un hommage servile en passant les modèles et codes de cette tradition dans le même shaker que son RnB mâtiné de « percussions orientales » et de « folklore grec ».  Peinture et musique relèvent toutes les deux de l'art de la composition. Et le pinceau de Papaconstantino profite de cette passerelle pour emprunter la figure-clé des pratiques sonores artistiques d'aujourd'hui qu'il pratique parallèlement avec talent : le sampling.

 

En quoi ce cocktail fashion mérite-t-il que l'on s'arrête et l'observe de près avec comme l'idée qu'il pourrait s'agir ici de l'une des pistes les plus excitantes sur le plan intellectuel que puisse nous offrir un peintre d'aujourd'hui. Car Papaconstantino est incontestablement un peintre des années 2020. Et pas du genre à vous pleurer dans le gilet à propos de la concurrence mortelle qu'imposent à la peinture les images à la fois léchées et bradées des réseaux sociaux. Celles que l'on adore dix secondes puis oublie aussitôt. Avant de généraliser ce rapport à l'image à l'ensemble des arts visuels. Quatre secondes d'attention pour la Joconde ou Les Demoiselles d'Avignon.

 

Johan Papaconstantino prend le Minotaure par les cornes. Il va jusqu'à immortaliser la pratique des selfies pour mieux la neutraliser. Peindre une jeune femme d'aujourd'hui en train de poser devant son smartphone avec un réalisme bluffant sous un angle indiscret n'est pas un simple témoignage de l'époque. Ce tableau tue la photo en train de se prendre. Il lui est supérieur sur le plan esthétique. Qu'importe le nombre de pixels.

 

La peinture est une machine à rendre dérisoire le résultat même de cet acte. Le représenter revient à sanctifier pour mieux sacrifier cette image née d'un acte narcissique qui ne saurait présenter d'intérêt au regard du tableau qui la nie. Johan Papaconstantino ne représente pas le monde d'aujourd'hui. Il le traite comme un chroniqueur traite un sujet. Comme un médecin traite un patient.  Mais c'est pour lui régler son compte comme un tueur à gages. Tout en lui rendant paradoxalement hommage car c'est l'allusion à cette modernité futile qui confère leur intérêt artistique aux toiles du peintre au bouzouki. Et qui les rend diablement sexy.

                                                                  Johan Papaconstantino Tondo9 Détail- 2017

Tout le charme sensuel de ces tableaux réside in fine dans le fait frappant que les nymphettes contemporaines de Papaconstantino sont systématiquement saisies dans des poses lubriques datant d'un autre siècle. Elles sont figées en des attitudes immédiatement identifiables comme relevant de la grammaire gestuelle de la peinture classique. Habillées de petites culottes en coton impudiques et shorts en satin glam et moulants, les créatures papaconstantinoniennes séduisent par une sensualité plus forte car bien plus suggestive que la nudité des adeptes du Bain turc d'Ingres, elle-même.  L'érotisation des images de réseaux s'impose en hyperbole sur la toile. Avec la prétention manifeste de passer à la postérité là où ses modèles démultipliés dans des poses périssables s'évaporeront avec leur charme numérique convenu et donc daté puis très vite éphémère.

 

Mais dynamiter allégrement les images qui font usuellement peur à la majorité des peintres d'aujourd'hui ne suffit visiblement pas à Johan Papaconstantino. Comme si l'érotisation très 17ème siècle qu'il opère ne prenait pas en compte tout ce que doit être la peinture d'aujourd'hui. Alors, les nymphettes à la quasi-nudité très travaillée se retrouvent souvent emprisonnées dans une capsule réduite à une simple parenthèse sur la toile. Petite enclave figurative dans une peinture abstraite dont le traité volontiers trash contraste avec la minutie perfectionniste des portraits. C'est à travers ces relations de sens et ces cohabitations inattendue de formes que se définit la peinture selon Papaconstantino.

 

Illustration : Johan Papaconstantino

- Tondo9 - 2017

- Tondo9 Détail- 2017

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