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Les Archives de la planète
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Avril 2022 | Temps de lecture : 16 min | 0 commentaire(s)

A propos de la réouverture des jardins et du musée Albert Kahn, le 2 avril à Boulogne-Billancourt.

Au début du XXe siècle, on pouvait être banquier et se préoccuper de l’harmonie du monde, consacrer tout son temps et sa fortune à immortaliser les merveilles de la planète pour les protéger de leur « disparition fatale » à venir, au vu de l’industrialisation galopante. Paradoxe vivant, aussi solitaire que mondain, financier redoutable autant que désireux d’œuvrer à la paix universelle, Albert Kahn (1860-1940) constitua ainsi une collection unique d’images qu’il baptisa les Archives de la planète, mettant les autochromes, ces premières photographies en couleur inventées en 1903 par Louis Lumière, au service de son projet pharaonique, ainsi que des kilomètres de pellicule de film et des milliers de plaques stéréoscopiques en noir et blanc donnant l’illusion du relief.

Passionné de voyages, cet Alsacien natif de Marmoutier (67), entré en tant que commis dans la banque parisienne de lointains cousins à 18 ans avant de fonder la sienne vingt ans plus tard grâce à son expertise du marché japonais, fit ainsi le tour du monde avec son chauffeur Albert Dutertre, dont le journal de bord ouvre l’exposition « Autour du monde – La traversée des images, d’Albert Kahn à Curiosity », visible à partir du 2 avril au musée Albert Kahn de Boulogne-Billancourt. Mais il confia aussi à de nombreux photographes et cinéastes le soin de sillonner la planète, pendant que lui-même recevait le philosophe Henri Bergson, le sculpteur Auguste Rodin, la danseuse Isadora Duncan, les prix Nobel et les ambassadeurs dans la salle de projection de son hôtel particulier aux jardins extraordinaires. Faisant dialoguer les cinq continents à Boulogne-sur-Seine pour y sensibiliser tous les grands de ce monde.

Nul doute qu’internet et les collections en ligne d’œuvres contemporaines désormais visibles par tous auraient ravi ce grand humaniste et pacifiste, qui créa aussi les bourses Autour du monde afin de permettre à de jeunes diplômés de voyager. C’est finalement le département de la Seine, devenu celui des Hauts de Seine, qui héritera à partir de 1936 de sa fascinante collection d’images documentaires puis de la maison-laboratoire de Boulogne-Billancourt et de son parc : le célibataire resté sans enfants avait finalement été ruiné par le krach boursier de 1929.

Dès 1938 y est mise en place la photothèque-cinémathèque de Boulogne, qui exploite commercialement ce vivier d’images : quelques grands noms du cinéma s’y abreuveront, comme Abel Gance pour son film « J’accuse ». Mais le projet patrimonial d’Alfred Kahn ne sera pas respecté de son vivant, puisqu’il faudra attendre 1986 pour que sa maison devienne un musée ouvert à tous. Lui qui avait été traumatisé par la guerre de 1870 l’ayant fait Allemand malgré lui ; qui, redevenu Français par décret en 1885 avait cru de toutes ses forces en la puissance des images et de la beauté du monde pour faire cesser les conflits internationaux… mourra seul et sera inhumé en fosse commune en 1940 après avoir été contraint de se déclarer Juif, au moment où l’Allemagne reprenait possession de l’Alsace.

Le très précurseur citoyen du monde a laissé derrière lui une œuvre d’art encyclopédique conçue pour éclairer les « générations futures ». Elle sera à nouveau accessible au public dès le 2 avril dans le musée départemental portant son nom, rue des Abondances à Boulogne-Billancourt, après six ans de travaux.

Avec notamment la création d’un parcours permanent de visite et d’un splendide espace reliant intérieur et extérieur comme un origami géant, l’ancienne demeure d’Alfred Kahn devient une galerie d’art vraiment pas comme les autres. Gageons que le choix de l’architecte japonais Kango Kuma pour mener cette rénovation de grande ampleur n’aurait pas déplu à celui qui avait été si enchanté par le « calme et la douceur de vivre » des Japonais… qu’il avait fait aménager tout un village nippon dans sa luxuriante propriété !

 

Valérie SUSSET

 

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