Remonter

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience de navigation. En naviguant sur le site vous acceptez Notre politique de confidentialité.

Ok
L’étrange nouveau tableau du musée Fabre
letrange-nouveau-tableau-du-musee-fabre - ARTACTIF
Avril 2022 | Temps de lecture : 18 min | 0 commentaire(s)

A propos de la nouvelle acquisition du musée Fabre dévoilée dans l’exposition « La Beauté en partage » jusqu’au 13 mars 2022 puis visible dans les collections permanentes.

On ne peut pas la louper. Voilà bien une bouche aussi spectaculaire que la nouvelle œuvre d’art révélée aux visiteurs du musée Fabre à Montpellier, à l’occasion de l’exposition « La Beauté en Partage », revenant sur une riche politique d’acquisitions et prolongée jusqu’au 13 mars. La bouche d’Holopherne, contrastant si étrangement avec le calme olympien de Judith pourtant occupée à lui trancher la gorge, ne pouvait que taper dans l’œil d’Isabelle Manca-Kunert, qui consacre donc un intéressant focus sur cette œuvre majeure de la peinture italienne dans le nouveau numéro de la revue éditée par Artclair.

Représentés ici par le très caravagesque peintre napolitain Filippo Vitale (1585-1650) vers 1598, « Judith et Holopherne » ont définitivement rejoint la collection montpelliéraine de peinture italienne via cette grande huile sur toile de 126 x 154 cm. Mais il ne s’agissait pas d’un tableau à vendre. Après l’avoir admiré, et fait admirer, de longues années dans l’entrée de son propre domicile, son propriétaire Didier Malka, avocat au barreau de Paris et collectionneur d’art, a en effet souhaité en faire don à l’établissement qui fait tout pour s’imposer comme « le » grand musée de l’Occitanie depuis sa rénovation au début des années 2000. Et qui y réussit très bien : avec un budget annuel de 400 000 euros, le musée Fabre est aujourd’hui l’un des établissements les plus proactifs en matière de politique d’expositions et d’acquisitions, apprend-t-on dans l’article de L’Oeil.

Parce qu’«au fil du temps le goût des collectionneurs change forcément » explique Didier Malka dans l’une des petites capsules vidéos visibles au fil de l’exposition, et sans doute parce qu’il faut bien de temps en temps faire de la place pour renouveler l’accrochage même si on a un vaste intérieur, il a choisi de faire d’un objet privé l’objet d’un patrimoine commun. Le collectionneur souhaitant d’une part que ce tableau très fort reste en France, le musée Fabre ayant d’autre part à maintes reprises clamé haut et fort son goût pour la peinture baroque napolitaine, notamment en organisant des événements majeurs comme l’exposition de 2012 sur le caravagisme, celle de 2015 sur la peinture napolitaine, ou en publiant récemment le catalogue exhaustif de sa collection italienne, la rencontre ne pouvait qu’avoir lieu. En offrant cette peinture connue, l’avocat espère d’ailleurs qu’elle deviendra l’une des pépites faisant tout spécialement venir les amateurs d’art au musée Fabre, au même titre que « La Déploration sur le Christ mort » de Leonello Spada (1576-1622) par exemple, tableau acquis en 2012 et qui satisfait à merveille le goût du public contemporain pour la magistrale et pathétique expression de la peinture caravagesque.

« La Déploration sur le Christ mort » de Leonello Spada (1576-1622)

« La Déploration sur le Christ mort » de Leonello Spada (1576-1622)

Comme le fait remarquer Isabelle Manca-Kunert, même si Filippo Vitale a effectivement été très influencé par le naturalisme de Caravage, on est tout de même là face à une manière très personnelle, entre baroque et classicisme. Et en regardant mieux, on finit même par se demander si cette œuvre d’art n’est finalement pas plus impressionnante que vraiment belle. Le personnage de Judith, cette jeune veuve palestinienne ayant séduit le chef des Assyriens attaquant son peuple pour mieux le décapiter dans l’intimité, se découpe presque comme un collage sur la tenture rouge. Et si cette version reprend la composition du « Judith et Holopherne » de Caravage, en un peu moins sanguinolente toutefois, si l’article de L’œil évoque « une lumière puissante sublimant des coloris séduisants », il n’en demeure pas moins que les étranges expressions des deux personnages principaux, tout autant que ces couleurs outrancières, en dédramatisent finalement peut-être beaucoup la portée. Raison de plus pour aller y voir de plus près !

 

Valérie SUSSET

 

Discutons !
Personne n'a encore eu l'audace de commenter cet article ! Serez-vous le premier ?
Participer à la discussion
Exemple : Galerie spécialisée en Pop Art