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L'érotisme discret de Carpentier
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Janvier 2022 | Temps de lecture : 15 min | 0 commentaire(s)

À propos du salon Fine Arts Paris du 6 au 11 novembre 2021

On était déjà à deux doigts de râler une fois de plus. Une fois de trop. Mais il est vrai que cet article de Connaissances des Arts sur le salon Fine Arts de Paris ne démarrait pas sous les meilleures auspices. Le nom du salon, lui-même, peut déjà contenir en soi quelque chose de rebutant. Fine Arts. Tous les arts ne seraient-ils pas fins ? Même bruts, même premiers ? Ah, pardon. On parle ici d'art classique. Le vrai art, quoi. Comme si l'art moderne dans son ensemble n'avait été qu'une vaste plaisanterie fomentée par de vils saboteurs surréalistes. Mais maintenant que les clowns ont cessé de sévir, on revient aux affaires sérieuses. Quitte à oublier que l'art du 20ème siècle, avec le temps, est lui aussi devenu classique.

La contre-culture s'est forgé ses propres formes canoniques. L'opposition entre classicisme et modernité ne saurait donc plus se fonder sur cette différence structurelle. L'art contemporain lui-même innove désormais dans un canevas prédéfini. Et voilà que surgit de la masse d'œuvres présentées dans des cadres évidemment dorés et moulurés très comme il faut. Voici donc, surgi de nulle part, Un peintre dans son atelier donnant des conseils à sa jeune élève de Paul-Claude-Michel Carpentier. On dirait un titre de film de Peter Greenaway ! Cela rend forcément l'objet sympathique d'entrée. C'est tout aussi délicieusement suspect que Meurtre dans un jardin anglais.

La composition du tableau est tirée au cordeau. Le peintre et son élève s'inscrivent sagement dans la moitié gauche de la toile. Et tout le décorum alentour n'a d'autre raison d'être que de signifier voire de sursignifier que nous nous trouvons bien, non pas dans l'atelier d'un peintre, mais dans le monde de la peinture, elle-même. Nuance de taille par rapport au modèle du genre que constitue naturellement l'atelier immortalisé de Rembrandt. Pour rester dans les classiques.

Ici, le décor est bavard. La peinture a visiblement quelque chose à nous dire. La porte entrebaillée du fond ne se contente pas de chercher à piéger le regard en l'invitant à penser qu'il aurait peut-être mieux à voir dans cette pièce montrée-cachée prometteuse de mystère et de secret caché. Carpentier, qui n'est pas à une surcharge près dans son ordonnancement faussement soigné, va jusqu'à clouer sur la porte elle-même un portrait né sous X qui nous fixe. Qui est-ce ? Fausse piste ? Fausse question ?

Toujours est-il qu'un regard tiers pèse ici, veillant peut-être à la correction morale des attitudes pourtant parfaitement guindées du peintre, pardon d'un peintre, et de son élève pris par l'étude très convenue d'un détail technique. On ne prétend pas être célèbres. Mais on n'est pas non plus dans l'atelier de Van Gogh ou Utrillo. Toutes les toiles accrochées ici sont encadrées d'or. Ouf ! Le dress code de Fine Arts est par respecté d'avance.

On notera encore la position officielle du monde de la sculpture face à cette scène irréprochable. Elle en esquisse un sourire malicieux de bas-relief complice à gauche dans l'encadrement de la fenêtre et elle s'en détourne au fond à droite en nous montrant au passage ses fesses. Faut-il y voir le signe que l'on se moque de nous ? Et que ce battant de fenêtre ostensiblement incliné fonctionne en fait comme un cadre dans lequel s'inscrivent, vue de la maison d'en face, deux personnages se livrant à une pantomime trop policée pour ne pas être polissonne dans la partie de l'atelier exposée aux regards extérieurs. Alors que dans la pièce du fond entrevue par un jour… Mais non. Ce n'est pas possible. Pas dans le cadre doré de Fine Arts Paris. Et pas l'école française du19ème ! Voyons.

L'Origine du monde de Courbet a été peinte en 1866. Pour rester dans les classiques. Les classiques de la modernité.

Légendes de l'illustration :
Un peintre dans son atelier donnant des conseils à sa jeune élève - 1825

 

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