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Elmar Trenkwalder : attention fragile !
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Janvier 2022 | Temps de lecture : 16 min | 0 commentaire(s)

Interview dans le cadre du dossier "La céramique tout feu tout flamme"

Quel est le point commun entre une pyramide et une cathédrale ? Elles sont toutes deux en pierre mais aussi toutes deux construites selon des techniques artisanales. C'est pourquoi Elmar Trenkwalder pense à les rapprocher. Pour mieux les opposer de par la nature des défis spécifiques qu'elles posent à leurs constructeurs, l'une par sa « gravité » et sa « simplicité », l'autre par sa « complexité aérienne ». Les « connaissances complexes » que requiert leur édification fascinent manifestement un artiste qui confesse pourtant dans le même geste n'avoir « jamais ressenti le besoin de construire des bâtiments utilisables ». Trenkwalder créerait donc des bâtiments inutilisables !  Notre homme possède de toute évidence un monde bien à lui.

Son interview par Richard Leydier pour Art Press brosse en creux le portrait d'un céramiste qui exprime par des œuvres tout en hauteur une singulière profondeur. Le rapprochement de la pyramide et de la cathédrale se prolonge ainsi par une remise en perspective spirituelle de ces deux monuments de civilisations et de religions différentes. Elmar Trenkwalder y voit des « symboles de l'éternel qui touche l'âme humaine afin de susciter en elle des impressions sublimes et de faire réfléchir à sa fragilité ». On ne s'étonnera donc pas de voir ce fan absolu de Rodin et de Janmot passer de plain pied du symbolisme au mysticisme. Cet esprit passe librement d'un corps à l'autre.

Elmar Trenkwalder-Par le feu la couleur -2012

Tout semble si cassable dans l'univers de Trenkwalder. S'il communique son admiration pour Mc-Cracken, c'est pour relever immédiatement l'état de flottement persistant « entre agrégation et désagrégation » de ses œuvres. Et c'est de même de leurs « fragiles visions » qu'il est tout de suite question lorsque Richard Leydier saupoudre une de ses réflexios des noms du facteur Cheval et d'Augustin Lesage.

C'est pourtant du côté de HR Giger, Ridley Scott et Lovecraft que l'entretien avait résolument démarré. On ne s'en étonnera pas au vu de ces totems uniformément turquoise, carmin, or ou blancs que Trenkwalder multiplie à l'identique pour former une armée de terre cuite chinoise chosiste dans un geste d'un warholisme étonnamment byzantin. Comme si le plus dur, le dessin, étant réalisé, la 3D ne pouvait en égaler que par la répétition l'intensité créative. Histoire de voir sortir de terre une spectaculaire Babylone.

Cette rencontre avec Elmar Trenkwalder a ceci d'unique qu'elle oscille constamment entre des réflexions sur l'art, ses artistes chéris perso et les mécanismes les plus énigmatiques de la création. Mais toutes ces facettes disparates s'articulent entre elles dans le même discours pointu, précis, clinique. Alors qu'elles sont toujours opposées partout ailleurs en vertu du mythe de l'artiste nécessairement inconscient de son génie. C'est ce qui fait toute son originalité et son intérêt en termes artistiques. Car voilà un créateur qui semble conscient de tout. Du sens de l'art à celui de la vie. Et cette singularité s'explique sans doute par la source de la fragilité de l'univers trenkwaldien. On cèdera ici à la tentation souvent gratuite d'expliquer l'œuvre et la pensée par la biographie. Tout y invite.

Richard Teylier rappelle quasiment d'entrée que Trenkwalder avait désigné il y a une vingtaine d'années ses crises d'épilepsie comme sources des visions à l'origine de ses créations. Guéri ou du moins en longue rémission, il déclare aujourd'hui essayer de convertir la « puissance » qui les habitait en « énergie spirituelle ». Ce serait donc de là que tout vient ? Non pas d'une maladie qui ferait trop facilement de tout bipolaire un Van Gogh, mais au contraire du contrôle mental qu'un artiste exerce sur tous les aspects de sa vie en les analysant en son for intérieur. De « vortex » en « tunnel noir ». C'est parce qu'il sait pertinemment ce qu'il fait qu'Elmar Trenkwalder semble toujours savoir où il va. Comme un moine sent si la cellule vide dans laquelle il entre est habitée ou non par l'esprit.

Légendes des illustrations :
- Elmar Trenkwalder -  Par le feu la couleur - 2012
- Elmar Trankwalder - WVZ 203 S  2007

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