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Anne Wenzel customise Bacon
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Janvier 2022 | Temps de lecture : 15 min | 0 commentaire(s)

Dossier : La céramique tout feu tout flamme

Nous vivons décidément une époque de grande confusion sur le plan artistique. On connaissait le travail de réécriture sculptural de la céramiste Anne Wenzel. D'une Pieta guerrière acéphale originellement haineuse envers un ennemi militaire, elle a ainsi notamment et notoirement fait un hymne à la compassion et l'empathie.  Notre but n'est pas de psychanalyser cette démarche quelque peu révisionniste dans l'âme que l'on retrouve à l'œuvre, identique, dans les pétitions ayant fleuri pour une réécriture du texte de la Marseillaise dont le caractère révolutionnaire n'est souvent plus perçu. Au point de se trouver réduit à une pulsion haineuse par une inculture sommaire regrettable. Mêmes causes mêmes méfaits.

Restons donc prudemment dans le strict domaine de l'art où les œuvres récentes d'Anne Wenzel posent déjà suffisamment question. Que penser en effet de The Bacon Project dont Richard Leydier précise dans Art Press qu'il est né lors du premier confinement ? Quitte à ce que nous nous disions d'entrée que ce genre d'idée ne peut apparaître que lorsque l'on ne sait vraiment quoi faire. Mais que l'on dispose de cette vacance durassienne pour se lancer dans un projet d'ampleur inenvisageable en temps normal.

De quoi s'agit-il concrètement ? Anne Wenzel a reproduit en autant de sculptures des toiles mythiques de Bacon amoureusement choisies par elle. Un « magistral exercice de traduction » pour Art Press ! Elle a transposé, selon Leydier, des « images d'un langage plastique dans un autre ». L'expression est si belle qu'il serait intellectuellement tentant de penser que la réalité qu'elle désigne l'est tout autant. L'est-elle vraiment ?

C'est sûr, on découvre d'abord avec un certain plaisir en 3D le Portait du pape Innocent X ou la Carcasse de Viande et Oiseau de Proie qui nous ont fait aimer l'univers du Jérôme Bosch sous acide qu'est Francis Bacon. On a l'impression de les voir en vrai ! Comme un Mickey à taille humaine à Disneyworld Paris. Cela fait un effet un peu régressif comme les madeleines de Proust. C'est si bon et douillet de retrouver quelque chose que l'on connaît déjà. Trop.

Du coup, on se prend au jeu. On regarde si c'est bien fait. On admire les détails. La « fidélité » à l'original. Quel travail ! Quelle prouesse ! Mais quelle vanité surtout ! Car à quoi peut bien nous servir cet art certes délicat de trouver la juste matière pour restituer les nuances picturales ? Céramique, métal, gaze, glaçages pluriels… constituent pour Richard Leydier les outils d'un défi qui placerait quasiment la décalque au-dessus de l'original. Car « tout est possible en peinture, puisqu'elle ressort de l'imagination et du rêve » là où « la sculpture quant à elle dépend de la matière, et donc de la réalité ». En décodé : planeurs dégagez !

Ces gens ne voient-ils pas qu'ils sont tout bonnement en train de casser ce que l'objet de leur admiration si consciencieusement protestée a de plus précieux ? Son unicité. Préférez-vous la Joconde en peinture ou en sculpture ? Ah non, celle-là, on ne l'a pas encore faite ! Mais attendons peut-être le prochain confinement. De quel droit enlève-t-on à des œuvres leur singularité ? Dans quel but ? Pour réaliser d'habiles copies qui donneront peut-être l'idée à des pâtissiers d'en faire d'artistiques pièces montées ? Car ce que fait Anne Wenzel, ce qu’elle commet, nécessite de la culture, un œil et une patte incontestables. Mais ses œuvres sur des œuvres ne mettent en rien en relief le génie de Bacon. Et comment le feraient-elles mieux que les toiles originales auxquelles elles cherchent à mettre des points sur les i. Espérons que notre artiste se pendra ensuite de passion pour Mondrian. Elle pourrait vendre bien plus facilement ce « Projet » à Roche-Bobois.

 

Légendes des illustrations :
- Elmar Trenkwalder -  Par le feu la couleur - 2012
- Elmar Trankwalder - WVZ 203 S  2007

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