Biographie de l'Artiste

« La traversée des Mondes »
 
" Tu vois et tu sens
Comment tout se transforme en cendres
Comment se transforme le regard
Comment il cesse d’exister
Tout étant encore –
Lumière dorée du soir à travers la porte ouverte
Les cendres du soir "
Gunnar Ekelof
 
Peindre pour Aziz Azrhai c’est travailler la surface du tableau au quotidien. La saturer en des amalgames d’étendues picturales qui s’imposent comme autant de solutions possibles esthétiques qui peuvent venir évoquer leur immatérialité. Mais ce qui paraît d’emblée abstrait figure la nécessité d’être porteurs de signes-mondes, c'est-à-dire l’idée de faire naître dans cette marée de couleurs, des intentions de faire émerger des formes qui cherchent à tracer un autre destin de l’informe, et rendre fertile ce qui pourrait n’être qu’une surface plane sans perception narrative.
Le peintre étale, immobilise la peinture,  puis y verse de l’eau afin de détruire l’uniformité d’une première couche de peinture. Pour explorer autrement la toile travaillée à l’acrylique, il rajoute du marbre à ces états primitifs sous forme de grains,  leur donne donne cette brillance et travaille de sa main ainsi qu’avec une éponge pour enfanter et faire ressortir des reliefs. Cette technique ne feint aucun vide spirituel possible, faisant que toutes ces épaisseurs de matériaux étalés par strates seront prêtes à recevoir des formes lisibles poussant le tableau à raconter des contes, habillés de silences improbables puisqu’ils semblent s’y faire entendre des échos d’exhortations sourds aux rêves impuissants.  Mais nous y voyons, toutefois, des traces de dessins suffisamment suggérées pour y lire des équipées Mironiennes.
Chaque fenêtre-tableau s’enracine  dans l’idée de faire régner l’illusion d’un chaos voué irrémédiablement  à procréer des figures faisant écho entre elles, non pas d’une manière expressionniste, mais bien plutôt dans l’esprit de remplir les diverses couches de peintures dans des espaces bien déterminés, enfermant ainsi chaque signe-trait dans sa propre spatialité ; ménageant ainsi un trop plein de faciès miroitant l’agonie de l’espace pictural. Aucune ombre portée à la lisibilité des contours: des échelles tirent leur pouvoir de traction vers des ciels sans nuages; parfois elles se décorent du signe-arbre, du signe tête, des humains sans qu’ aucune forme conçue de chair aimante ne devienne reconnaissable sinon que par le pourtour noir. Ils sont suspendus dans l’espace-tableau comme si plus rien ne les rattache à leur fonction humaine. Nous percevons que le trait de fusain se grave, s’incruste dans la matière non pas pour imiter la nature mais bien pour rendre caduque la  matérialité des choses.
Aucun pourparler aliénable, des bleus outranciers, des jaunes mauresques sans aunes d’artifices outranciers supportent  avec grâce, un verre de vin notifié par un trait rouge qui conspire de se vider sans répit sur une mer bleue, des êtres lilliputiens scrutent une échelle devenue une tête d’oiseau, suspendus, gravés dans un océan de couleur, on déduirait que leur existence n’est plus que le résidu d’une configuration spectrale, comme la trace d’un dessin préhistorique, mais aussi tout comme la ligne spirituelle d’un Kandinsky où le signe- trait devient l’abstraction du monde visible. L’anti-dessin révèlera donc l’essence même d’une réminiscence mémorielle vers la recherche absolue d’un cri intérieur conduisant la main du peintre vers « la traversées de mondes ».
En fin de compte, l’acte de peindre paraît avoir été réduit à des motifs où les signifiants ne se signifieraient que par la vision tenaillée   par l’absolue nécessité de faire monter, en crescendo,  le déchirement courtois de chuchotements tragiques que nous touchons entre espace terrien et espace céleste.  
Au-delà d’une rhétorique aux promesses verbeuses, le peintre jette le pari de dialoguer avec l’espace pictural en faisant le vœu d’une conversation sans fioritures métaphoriques, dans l’infini de nuits lumineuses.  Il médite ainsi dans l’économie d’obscurités entretissées de vertiges coloriés donnant naissance derrière l’ombre de vocables infernaux, d’infinis traits baignant derrières des secrets aux sourires amères, divisant, pleurant un monde décadent.


Françoise Benomar
Historienne d’art