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LA REALISATION D'UNE SCULPTURE MONUMENTALE:

EMERGENCE PROFONDE étape par étape avec Michèle VICQ


Le thème de démarrage de la réalisation de cette œuvre a été la représentation du territoire breton, à travers un symbole fort et celtique, connu de toutes les générations : le triskell. Ces 3 branches représentent les 3 éléments fondamentaux : la terre, l’eau et le feu. Ils sont tous trois utilisés dans cette œuvre. « De la terre est extraite l’ardoise, avec le feu apparaîtra l’extraction du fer d’où l’armature métallique et l’eau jaillira de ces 3 branches ». Le site pour réaliser cette œuvre c’est la carrière du Licsuis dans les Côtes d’Armor, magnifique endroit déserté de l’homme depuis 3 années. J'ai voulu rendre hommage « aux gueules bleues », ces hommes, les ardoisiers qui ont travaillé dans les carrières d’ardoises en Bretagne tout au long de leur vie.


La réalisation de l'oeuvre : méthodes de soudage

Cette œuvre est montée sur un trépied métallique de 1,5 mètre. Grâce au hangar mis à ma disposition par le propriétaire de ces lieux, je me suis servie d’un palan électrique pour positionner les pieds métalliques et les souder à l’arc. L’ensemble pèse déjà un peu plus de 300 kg. J’ai utilisé principalement le soudage à la flamme et le soudage à l’arc électrique.

   

Soudage à la flamme
 
Soudage à l’arc
La flamme résulte de la combustion d’un judicieux mélange d’acétylène et d’oxygène dont une partie est utilisée dans l’air ambiant.
Le réglage du chalumeau pour une flamme parfaite en sortie (mélange des 2 gaz) s’obtient progressivement en ouvrant les robinets acétylène et oxygène jusqu’à obtenir un bon débit à l’orifice de la buse.
  Si deux conducteurs dénudés et sous tension se touchent il y a un court-circuit. Si nous écartons ces deux conducteurs il se produit une étincelle : c’est un ARC ELECTRIQUE.
Ce qui est mauvais et dangereux pour une installation électrique peut être contrôlé et maintenu grâce à un transformateur : c’est le POSTE A SOUDER.
L’arc ainsi obtenu est utilisé comme source de chaleur nécessaire à la fusion des pièces.
La matière première utilisée : le fer

Très ductile et très malléable, mais en même temps très résistant, c’est le métal usuel par excellence, connu des hommes depuis la plus haute antiquité. Il se trouve dans la nature à l’état d’oxydes (aimant, fer oligiste, hématite rouge etc…) de carbonates ou de sulfures. Les minerais sont d’abord traités dans les hauts fourneaux et la fonte ainsi obtenue, débarrassée de son excès de carbone et de ses impuretés, se transforme en FER. C’est un métal blanc, grisâtre, grenu. Il fond à 1535 °C (avant de fondre, il se ramollit et peut être travaillé au marteau et se souder à lui-même), il bout à 3 000 °C.

Le fer est très sujet à s’oxyder en se recouvrant d’une couche de rouille, on évite ce défaut en le recouvrant soit d’une couche isolante de peinture ou vernis, soit d’un métal inoxydable comme l’étain (fer-blanc) de zinc (fer galvanisé).

   

Pour sortir l’ossature métallique, le propriétaire a utilisé un tracteur avec un bras de levage.
L’ouverture du hangar étant de 4,50 mètres, la branche du haut est passée en touchant la tôle. Il m’aurait été difficile de faire plus grand !

Habillage de la sculpture

L’œuvre est définitivement en place pour son habillage en ardoises.
Un tuyau muni de 3 lances d’arrosage est tout d’abord installé et fixé sur l’ossature métallique.

J’ai d’abord repéré les ardoises grand format que je voulais utiliser ; après avoir pris la côte définitive, j’ai découpé 18 pièces. Je me suis ensuite attaquée au petit format ; le choix des ardoises et la coupe correspondent à 3 bonnes journées de travail.

J’ai découpé 12 m3 d’ardoises dans de superbes tons de bleu/mordoré grâce à une machine sortie tout droit de l’imagination du propriétaire. Toutes les découpes ont été faites avec un disque diamant. Je comprends le terme « Les gueules bleues » : à la fin de la journée, j'avais le visage et les mains couleur ardoise. Mes cheveux étaient recouverts d'une poudre grise : l'argile.



    La création d'un plateau agricole pour le transport a été mûrement réfléchie. Il faut avant tout penser à la sécurité pour le voyage sur route, demander les autorisations de circulation. Le convoi a été escorté par deux véhicules, un à l'avant et un autre à l'arrière, munis de gyrophare. Le lieu d'exposition final se trouvait à 20 kilomètres du lieu de fabrication.
         
Pour maintenir toutes les ardoises, j'ai fait fabriquer en Afrique du Sud des crochets spéciaux. J'ai utilisé environ 7 kilos de rondelles, écrous et crochets pour l'ensemble de la sculpture monumentale.   Travailler à ciel ouvert en Bretagne n'est pas chose évidente ! Il me faudra beaucoup d'imagination pour y installer toutes ces ardoises.  

Inauguration :

« EMERGENCE PROFONDE » a été inaugurée le 11 septembre 2009. Elle mesure 3,90 mètres de hauteur ; sa largeur est de 4 mètres ; son poids est d'environ 2 500 kg ; elle a néssité 377 heures et 56 journées de travail.

Après 3 mois, je suis revenue travailler dans mon atelier. L'expérience a été riche en rebondissements, j'ai appris le travail et surtout la découpe des ardoises, il m'a fallu réfléchir sur la solidité d'une telle création, je me suis fait aider de conseils de professionnels, c'est indispensable pour la sécurité de chacun. C'est avant tout un véritable challenge, pousser ses propres limites, la réalisation d'½uvre monumentale demande beaucoup de rigueur. J'ai pu le faire et je le referai !

 

Michèle VICQ

La sculpture en métal