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Dhewadi Habjab en Hopper qui s'ignore
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Décembre 2021 | Temps de lecture : 18 min | 0 commentaire(s)

À propos d'une toile de l'artiste mise en majesté en l'église Saint-Eustache
Jusqu’au 12/12/2021


Il se passe incontestablement quelque chose de particulier dans les toiles de Dhewadi Habjab. Et tout commence par une conviction intime immédiate d'avoir déjà vu ces œuvres picturales pourtant inédites et quelque peu singulières et étranges. D'où vient cette familiarité en forme de vieille connivence oubliée ? Pour Amélie Adamo qui consacre deux pages à Dhewadi Habjab dans L'Œil de ce mois, les points d'ancrage repérables sont nombreux. Et ils s'inscrivent autant dans la culture chorégraphique et cinématographique que dans la seule tradition picturale. Pina Bausch et Lars von Trier sont ainsi convoqués au même titre que Bacon et Borremans. Soit.

La référence à Borremans peut se comprendre de par le traité réaliste voire hyper-réaliste des « portraits » de Dhewadi Habjab. C'est une référence plus technique qu'artistique. Mais elle se comprend. Et Bacon ? On pourrait y voir précisément l'inverse : des personnages éclatés dans des décors d'une rigueur presque trop impeccable. Cela signifierait-il que les personnages au contraire très propres sur eux dans des pièces au papier peint systématiquement déchirés de Habjab masquent les sentiments baconniens qui les habitent sur le plan cosmétique ? Mais qu'ils ne peuvent empêcher ces pulsions souterraines impérieuses d'exploser dans des postures d'une chorégraphie distordue en ces lieux totalement décalée.  On comprend mieux les références à von Trier et Bausch.

                                                                                      Dhewadi Hadjab – Contraste - Huile sur toile

Mais est-ce là ce qui fait la qualité de peinture de Dhewadi Habjab ? Amélie Adamo de L'Œil s'en contente visiblement. Pardon de trouver cette attitude légèrement légère. Cette tolérance pour la facilité cautionne en effet l'idée que ce qui fait la spécificité d'un ou une peintre réside dans un assemblage heureux de clins d'œil à des gloires déjà établies et plastiquement en phase avec les goûts de de l'époque. Suffirait-il d'exprimer l'amour que l'on voue à des artistes pour obtenir un Sésame vers la reconnaissance critique ? Genre : un peintre qui aime Lars Von Trier ne peut pas être un mauvais gars.

Le problème que pose une telle approche de la particularité et donc de l'intérêt de chaque artiste n'est ni politique ni moral. Il est ici tout simplement pictural. Les références proposées par la critique ont peut-être été recueillies auprès de l'artiste, lui-même. Ce n'est pas une raison pour en faire des clés expliquant la danse du pinceau sur les toiles de Dhewadi Habjab. Car c'est sûr qu'on pense à Pina Bausch face à ces personnages se contorsionnant avec une violence sourde dans des poses figées aux limites de l'improbable. Et il est évident que Dhewadi Habjab vibre souvent intérieurement sur les fréquences de Nymphomaniac ou Breaking the waves. Tant mieux.

Mais cette saudade désabusée à la Melancholia suffit-elle à conférer à elle seule un intérêt artistique à une œuvre picturale ? Du style : c'est un bon tableau parce que cela évoque de super films. Bravo ! Faut-il dès lors encenser pareillement les moins inspirés des street artistes qui, en glissant du mur à la toile, couvrent cette dernière de Mickey soi-disant au deuxième degré ? Que penser de telles resucées souvent incultes et inconscientes de Pop art ? Les tableaux de Dhewadi Habjab leur seraient-ils supérieurs grâce à leurs références plus nobles ? Chic ou populaire, le clin d'œil pour le clin d'œil est toujours aussi creux.

Mais d'où sort alors cet étrange sentiment que l'on éprouve face à ces images à 200% de leur époque ? C'est tout bête. Ce feeling vient tout droit des toiles d'Edward Hopper. Même solitude triste et figée des sujets mais avec tout un déploiement de motifs, techniques et de couleurs qui réinscrit dans l'esthétique d'aujourd'hui, ces fragments d'éternité des oiseaux de nuit ou des ouvreuses de cinéma pris dans la rêverie de leur solitude. Dhewadi Habjab fait donc du Hopper branché façon 2021. Et c'est tout. Avec un zeste de Balthus pour donner à ses chorégraphies des airs intrigants de danses de Saint-Guy. En restant dans notre imaginaire collectif.

Illustrations :
-    Dhewadi Hadjab - Dream Dancer III
-    Dhewadi Hadjab – Contraste - Huile sur toile

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