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Fiac bien finie ?
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Décembre 2021 | Temps de lecture : 17 min | 0 commentaire(s)

À propos de la plus grande exposition d'art contemporain de Paris - Du 21 au 24 octobre


Chic la Fiac revient ! Beaux-arts va pouvoir nous parler des nouvelles voies qu'emprunte la création en cette période encore trouble. Eh bien non. Pas vraiment. Bien sûr, les puristes peuvent avoir le plaisir de découvrir les futurs lauréats potentiels du 21ème prix Marcel Duchamp. C'est toujours chic. Mais rien de révolutionnaire sous le soleil. Et évidemment, vous vous prendrez au jeu de trouver cela chouette que l'on expose un Dragon rouge géant de Calder place Vendôme, hors les murs. Comme on donne une visibilité aux Tuileries à de jeunes artistes plus volontiers d'ailleurs que d'ici. Mais tout cela est comme annexe pour Beaux-Arts.

L'essentiel, c'est finalement le spectacle pour ce magazine qui, dès son édito, entend régler son compte à un art qui ne se contente pas de devenir une sorte de design sans finalité. Genre : on n'en a assez bavé, venez pas nous prendre la tête maintenant. C'est là un fait d'inculture crasse car on présente non seulement comme réfutable mais aussi comme nouvelle la thèse développée par Yves Michaud dans son Essai sur l'hyper-esthétique et les atmosphères intitulé L'art, c'est bien fini. Preuve que l'éditorialiste n'a manifestement même pas lu ou compris les théories de Lipovetsky dont Michaud ne livre en fait qu'un avatar.

                                                                                        FIAC 2021 - Paris - Grand Palais Ephemère

Et la Fiac, là-dedans ?

La Fiac 2021 est présentée par Beaux-Arts dans un esprit très « hyper-esthétique et atmosphères » précisément. On parle déco, surfaces de stands, architecture des dépendances… Confort. Services. C'est très bien. Mais, est-ce l'essentiel ? Quel est l'intérêt de comparer, sur tous ces plans, l'événement de cette fin d'automne parisien avec ses concurrents et homologues internationaux ? On vire au storytelling de Vip pour se pencher sur les débauchages de Paris International. Oo les abandons de partenariat avec des structures plus alternatives. Qui sera là ? C'est toute la question. La présence des galeries mastodontes en est presque présentée comme un geste héroïque. Mais la Foire ne perdrait-elle pas sa raison d'être si ces piliers pour qui elle est faite ne venaient pas ?

Et le public ?

Fait notable relevé : il risque d'y avoir plus de visiteurs car les primo-acheteurs en ligne sont « désinhibés » par cette première expérience. Traduisez que les usages et codes du monde de l'art se flattent visiblement d'être hermétiques pour les néophytes. Acheter de l'art sur une foire ou un salon, ça n'est pas donné à tout le monde. On a la dignité que l'on peut. Celle-ci est plutôt triste. On passera sous silence que ce style de pensée cohabite avec une toujours forte présence du design au sein de la Fiac. Ses organisateurs n'ont sûrement pas lu Yves Michaud.


Il ressort de toutes ces préoccupations, ces petits espoirs mercantiles, et ces visions en rien artistiques un profond sentiment de dégoût. Pourquoi ? Parce qu'à l'inverse des discours les plus officiels, l'épidémie qui n'a pas fini de déchirer le pays est ici tacitement déclarée terminée. Circulez, il y a de l'art à voir. Et si vous êtes à ce point crédule, vous allez même pouvoir penser que tout autour de vous est à 100% de l'art. Comment en parle-t-on d'ailleurs dans les colonnes de ce magazine spécialisé qu'est Beaux-Arts ? Cela fait pitié. On baigne d'entrée dans la subjectivité la plus loukoum.

On nous présente des « fortes personnalités » pour lesquelles on a eu des « coups de cœur ». On nous raconte les toiles plutôt que d'en exposer le projet artistique. Les œuvres étant expédiées en trois formules, on peut nous présenter plus longuement les personnes qui les ont créés comme si le but était que l'on devienne potes. Le problème n'est pourtant pas l'argent. Ce n'est pas l'avidité nue qui est la plus obscène dans cette affaire. Non. Ce qui est regrettable intellectuellement est que cette suffisance ne soit pas auto-suffisante. Auto-portée. Si ce monde est le vrai monde et qu'il se sent si merveilleux, quel besoin a-t-il de prendre l'art pour alibi ?


Illustration : Fiac 2021

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