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Les 5 sens de l'art selon Pierre Huyghe
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Décembre 2021 | Temps de lecture : 17 min | 0 commentaire(s)

À propos de l'exposition Afuer Uumwelt – Gande Halle de la Fondation LUMA à Arles

Jusqu'au 31 octobre 2021

 

Les mots avec lesquels Emanuele Coccia décrit la dernière installation maîtresse de Pierre Huyghe nous transportent à eux seuls dans une autre dimension. À propos des images projetées, il est ainsi question de cinq laboratoires dessinant « cinq cosmogonies qui, plutôt que de présenter sous la forme ordonnée d'un traité, déploient les cinq vies parallèles du cosmos ou, pour mieux le dire, ses cinq courants de conscience simultanés. On n'est clairement pas dans la même cour de récré que les Balloon Dogs de Koons. 

 

L'expo fait la part belle à des images dont le traité, bien que réaliste, empêche d'identifier le référent au sens jakobsonnien du terme. Décodage. C'est quoi ce truc ? Jamais vu ça. Ça ne ressemble à rien. Le signifié de ces visuels étranges est dès lors exclusivement composé de connotations. On est dans l'évocation et non la représentation. Plonger dans l'inconnu pour trouver du nouveau, disait Baudelaire. Mais ces connotations forcément perso pour chacune et chacun ne constituent aucunement des terminus dans la quête de la signification globale de l'œuvre. Au contraire. Rien n'est figé. Tout est en question, en suspens. Et l'on sent que l'on ne s'en tirera pas avec une grille de lecture symbolique. Ni émotionnelle sucre d'orge. Ce serait à côté de la plaque. On sent bien en effet qu'on est dans le dur, dans le concret.

                                                                   Pierre Huyghe - After Uumwelt 2021

L'indétermination de cette réalité innommable dont les silhouettes fantomatiques dansent une valse de métamorphoses infinie nous yeux est troublante.  Pas étonnant car Huyghe n'hésite pas à recourir à des enregistrements d'images mentales réalisés à l'aide de scanners d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Que les fans de transhumanisme ne se réjouissent pas trop vite cependant. Le but de l'artiste n 'est pas de prolonger le storytelling de l'IA et d'enrichir sa mythologie à travers une contribution artistique engagée sous leur bannière. L'idée ici n'est nullement de donner mission à l'ordinateur de supprimer tout hasard dans la gestion de la signification. On ne veut pas contrôler les process. On ne cède pas à la chimère de gouverner la pensée, bien forcée qu'elle serait de se soumettre à une logique structurellement supérieure.

 

Si mimesis il y a dans cette iconographie du troisième type, c'est dans la contrefaçon de la pensée humaine qu'elle produit également mais pour mieux la chahuter, la mettre en friction avec ses environnements.  La finalité de ce dispositif sémiotique étant de faire de la « continuité perceptive de tous les éléments présents » l'œuvre même. L'espace devient dès lors le « résultat de cette perception diffuse qui anime la moindre portion de matière ».

 

Le projet de Huyghe est donc de déconnecter la pensée de sa fonction de représentation du monde. Les formes et concepts figés volent en éclats dans une telle esthétique. La pensée devient pure aptitude à suivre dans leur mouvement incessant, des formes non signifiantes qui ne constituent ainsi chacune qu'une simple transition indéterminée entre les autres maillons de la chaine qui l'encadrent. Nous sommes, point essentiel, face à un fan de Raymond Roussel et de son légendaire Locus Solus. Un alien surréaliste en regard d'un, Zola car capable de mettre sur une scène de théâtre des « rails en mou de veau ». On voit la parenté avec Huyghe.

 

Il n'est donc pas étonnant que Pierre Huyghe puisse assez facilement passer pour politiquement incorrect. L'exposition se risque à mélanger joyeusement machines conscientes, animaux vivants et artefacts. Pour vanter en conclusion les bienfaits de l'immersion de l'art dans la nature ? Pas vraiment. La vie n'a, pour Pierre Hughes pas grand-chose à voir avec ce que nous appelons nature. Mais l'affaire n'est en rien manichéiste. Dans l'art de Huyghe, toute définition à un seul point de vue serait réductrice. La pensée n'entend pas fonctionner en mono mais en polysémie. Tous les signes de cette langue visuelle génèrent des échos. Et ces mots ont chacun cinq sens.

 

Illustration : Affter Uumwelt 2021

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