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Rien n'affecte Simon Fujiwari
rien-naffecte-simon-fujiwari - ARTACTIF
Novembre | Temps de lecture : 12 min | 0 commentaire(s)

À propos de l'exposition Who The Bear à la Fondation Prada de Milan
Jusqu'au 27 septembre

Dans la rubrique « Artistes représentant leur époque », Simon Fujawari ne fait pas dans le détail. Il part au contraire de l'infiniment grand et entreprend visiblement d'en faire un long zoom avant de descendre d'un niveau. Ce n'est qu'à la fin de ce processus qu'il en arrive, par exemple, à exposer un Kinder sous verre. Provocation ? Le propos n'est pas là. Car, qu'est ce qu'il y a de plus important dans nos vies, une valeur fédératrice ou du moins commune qui puisse définir en un mot notre monde d'aujourd'hui ? L'affect. Pour Simon, la cause est entendue. Et effectivement l'affect est partout. Dans nos rapports aux objets comme aux êtres qui nous entourent. À l'heure de l'expérientiel, l'art est le premier touché par cette victoire par KO de l'émotion sur la raison.

 

Doudouland

L'article que consacre Charles-Arthur Boyer à Simon Fujiwara dans Art Press s'appuie sur qa « scénographie labyrinthique faite de carton recyclé » présentée à la Fondation Prada de Milan. Ce qui donne en vrac un inventaire à la Prévert .  S'y entremêlent des emprunts à Alice au pays des Merveilles, aux comédies musicales et films hollywoodiens comme à des méthodes de développement personnel ou des jeux de mots du genre HELL et HELLO. Le tout autour de l''ours Who fétiche de l'artiste qui joue ici les mascottes régressives en assurant un fil rouge totémique à l'installation. On n'est pas chez Anselm Kiefer. Mais c'est peut-être Fijiwara avec son univers foutraque qui est dans le vrai. Tant pis pour les célébrations si bien-pensantes dont se gargarisent les mateurs de bons sentiments su faciles à ressucer.

Simon Fujiwara - Who The Bear

D'affect à affect

Simon Fujiwara ne se laisse pas entraver par sa propre image de la dignité d'un artiste. Il se fout de lui plus que de nous. Aucun sujet ne lui apparaît a priori indigne de son art. Il ne cherche pas à choisir des thèmes sérieux pour paraître grave. Et pourquoi le ferait-il ?  Il prend pour thème ce qui est plus grand que lui. Ce qui l'entoure le submerge, l'englobe et qu'il peut donc appeler le monde. Il lui donne le prénom Émotion. Et le nom de famille : Affect. Tout le reste n'est qu'accessoire.  Place donc aux totems et icônes décérébrés. Une installation de Simon Fujiwara n'est pas véritablement composée d'une collection d'œuvres entre lesquelles butiner librement.

 

Storytelling subjectif

L'époque est à l'affect donc à l'expérience utilisateur et donc au storytelling. Simon Fujawari nous raconterait-il des histoires ? Fausse question ? Le vrai et le faux disparaissent dans un monde fait d'affect. Et ordonné selon un scénario, un trajet. Dans le même esprit, Fujiwari ne porte aucun jugement moral sur ce qu'il expose. Le bien et le mal deviennent de simples « j'aime », « j'aime pas » dans un environnement où la guimauve étouffe toute logique. L'affectif est par essence subjectif. C'est pourquoi l'univers artistique de Simon Fujiwara assume toutes les critiques que l'on peut adresser à notre monde à travers lui. Son regard sur notre époque est une arme qui nous touche par ricochet.

Bubble-gum intellectuel

Illustrations : Who The Bear