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La fin du social en art ?
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Septembre 2021 | Temps de lecture : 15 min | 0 commentaire(s)

Très bel article de Catherine Francblin dans Art Press pour tous ceux qui désirent comprendre les enjeux sous-tendant actuellement le discours sur l'art. Histoire de confronter ces pensées à leurs propres ressenti et réflexion. Le titre de ce papier intitulé « De l'art et du militantisme » en indique clairement l'orientation. Mais sa portée est bien supérieure à celle d'un énième essai sur l'art de la forme et le monde dans le fond. On ne se demande pas ici si le peintre de Guernica était bien pacifiste.

Critique de la critique
Tout commence par un passage au microscope de la critique elle-même. On a souvent dénoncé ce phénomène ici : la presse a besoin tous les mois de nouveaux artistes susceptibles de concurrencer en intérêt les grandes figures de l'art dont elle ne peut pas parler pendant des années à chaque numéro. A l'inverse de Rock&Folk dont les couvertures sont ouvertes en open bar aux Rolling Stones depuis bien 60 ans. En art, heureusement on a le devoir de se renouveler !

Problème
Les nouveaux artistes ne fournissent pas assez de chair fraîche à la machine. Alors on déterre et recycle des créateurs jugés de second rang en leur temps face aux monuments comme Kandinsky, Picasso, Warhol… Cette pratique est-elle assumée et systématisée. Industrialisée ? Catherine Francblin s'interroge visiblement circonspecte sur l'unanimité « étrange » avec laquelle cette archéologie de la Ligue 2 artistique sous-estimée est entreprise. Elle y voit même une potentielle « marque distinctive de notre époque ». Avec, à la clé « un nouvel étagement des valeurs et une nouvelle cartographie ». Traduisez : une nouvelle cartographie de l'art moderne et contemporain.

Oubliés de l'Histoire
Que penser de cette idée de réécriture de l'Histoire digne du dystopique 1984 de George Orwell ? Que le phénomène ne se limite pas à l'art ? En art, en tout cas, ce travail de réhabilitation des oubliés de la vie tout particulièrement sociale est politique règne partout. La critique en prend plusieurs exemples. Le plus emblématique et le plus conséquent est constitué par l'expo du Centre Pompidou intitulée « Elles font l'Abstraction ». Une centaine d'artistes au féminin jusqu'ici « invisibles » sont présentées dans un parcours « certes agréable » mais qui ne fait qu'effleurer la question de complexification et diversification de l'art abstrait générée par cet accroissement du nombre d'artistes abstraits.

Femmes invisibles ?
Il en ressort visiblement un simple enrichissement en « œuvres remarquables » de cette époque du patrimoine de l'humanité. Mais pas de révolution. Ce sont manifestement les mêmes questionnements qui ont été menés et silencieusement dans l'ombre féminine et sous les feux de la rampe et devant les micros masculins. L'inégalité la plus pitoyable a évidemment pesé. Mais que faire des rares exceptions féminines du gotha artistique ? Face aux spectres de tous ces talents dits également méprisés, on craint presque de devoir concéder que Sonia Delaunay a de toute évidence gagné sa notoriété au loto ou à la faveur d'une promotion canapé. Comme Lydia Clark au Brésil ? Et les représentantes de l'avant-garde polonaise et russe, Gontcharova, Popova ou Kobro ?

L'art justicier
Même combat pour le projet Not Fully Human, Not Human at All, mis sur pied par Kadist. Une sélection de 1 600 œuvres des cinq continents accouche in fine d'une expo de dix artistes réunis sous la bannière de la « Déshumanisation » tendance « impérialiste » et évidemment « colonialiste ». Mais tout le monde souhaite visiblement un grand « décloisonnement » artistique. Entre genres d'artistes comme entre arts distincts. Alors, tant mieux si l'art semble le média idéal pour diffuser des messages politiques et sociaux. S'il s'acquitte bien de ce boulot imposé et le mène à son terme, le monde sera plus beau. Et l'art, en rendant son tablier, sera peut-être à nouveau autorisé à nous parler de lui.

Pour conclure, Catherine Francblin prend un peu d'avance sur cet esprit d'ouverture à venir en nous livrant, au milieu du tohu-bohu, les noms de ses découvertes faites sur la route : Jacoda Buic, llona Keserü, Gego, Falkenstein et Ruth Asawa. Très classe.

Illustration : Kapwani Kiwanga -The Marias 2 - 2020

 

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