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Yeux dans les yeux avec Oursler
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Septembre 2021 | Temps de lecture : 13 min | 0 commentaire(s)

L'affiche de l'exposition qui lui est consacrée par le Musée d'art de Nantes pourrait nous faire croire que Tony Oursler est devenu adepte sur le tard d'un Op Art en 2D vintage type Vasarely. Raté.

Rassurez-vous : le créateur des mythiques « Dummies » de chiffon qui l'ont rendu célèbre au début des années 90 mélange toujours les supports comme personne. Il mixe les médias et les médiums en l'occurrence. Sa nouvelle installation immersive nantaise est placée sous le sceau de l'hypnose qui lui donne son titre.

Dans sa présentation du catalogue de l'expo, le musée rappelle que de nombreux grands artistes du passé ont été fascinés par la magie de Mesmer. De Courbet et Rodin à Dali et Warhol. Les quelque quinze pièces et projections qui composent l'exposition Hypnose écrivent effectivement des petites histoires ayant trait à l'hypnose mais elles ne constituent en rien une histoire de l'hypnose avec un grand H. Le smartphone et la reconnaissance faciale deviennent ici voisins, contemporains de Méliès.

Le propos d'Oursler n'a rien de documentaire. C'est du pouvoir de fascination qu'il est ici question. De la force d'attraction plus précisément immersive qu'ont aujourd'hui des êtres recherchés et des objets de grande consommation. L'ennemi public que traquent en chacun de nous des caméras invisibles. Et un bête téléphone qui nous aide à gérer nos amours, nos amitiés, nos affaires et, partant, tout notre quotidien et notre vision du monde. Un smartphone comme un hypnotiseur a le génie de nous faire sortir de nous-mêmes pour entrer là où il nous attire. Le tout, en laissant, à l'inverse, notre enveloppe charnelle se convertir en statue aux yeux vides. Et dire que cette magie opère par notre seul regard,

Le regard. La fascination exercée par l'objet regardé. L'immersion dans ses profondeurs à première vue insoupçonnées. La perte de soi dans ce piège en spirale labyrinthique. Puis le retour un peu hagard et gêné à la réalité. Gêné de lui avoir préféré une chimère, un rêve éveillé aux attraits supérieurs. Gêné aussi d'avoir offert pendant ce temps aux autres le spectacle statique de son corps hors de contrôle car vidé de son esprit happé ailleurs.

Quand on y regarde de plus près, une séance d'hypnose suit exactement le même scénario qu'un coup de foudre pour une œuvre d'art. Tous deux relèvent de la fascination. Tous deux nous piègent par notre propre regard.

À l'heure du grand mélange des genres entre peinture, sculpture théâtre, vidéo…les arts qui tendent à devenir ainsi un art multimédia unique se heurtent frontalement aux grandes installations commerciales utilisant les mêmes technologies qu'eux. Les fins diffèrent. Mais les frontières se floutent. À l'art que l'on sert ici s'oppose la culture et l'esthétique plastique dont on se sert là.

La démarche de Tony Ousler est originale en ce qu'elle consiste à suivre cette tendance mais à contrecourant. Ousler ose aller seul sous le ventre de ces dragons que sont devenues les grandes installations immersives « expérientielles ». Mais ses œuvres se distinguent d'elles en deux points essentiels : elles ne cherchent pas à imposer une lecture en sens unique et elles ne confondent pas l'esthétique du marketing avec la beauté de l'art. Elles se moquent bien de paraître parfois moches au plus grand nombre. C'est ce qui les sauve ! Elles secouent nos certitudes consensuelles en carton-pâte sur les deux plans. L'art d'Ousler est bien hypnose. C'est une spectaculaire entreprise de déstabilisation.

Illustration : Tony-Oursler_Hypnose - 2021

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