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Montée de sève
montee-de-seve - ARTACTIF
Août 2021 | Temps de lecture : 12 min | 0 commentaire(s)

Dans la famille des noms de famille de 16 lettres, il existe de bonnes raisons de mémoriser le patronyme chantant de Joël Andrianomearisoa. Son actualité s'écrit avec une œuvre intitulée Les herbes folles du vieux logis exposée au public dans le cadre de la Saison d'art 2021 du Domaine de Chaumont-sur-Loire.

C'est un tableau peint sans peinture. C'est-à-dire qu'il s'agit bien d'une œuvre en 2D rectangulaire suspendue à la verticale en format… paysage, ce qui semble naturel vu le contexte dans lequel elle s'inscrit.  Il y a des couleurs qui dessinent une toile abstraite au premier regard. Et c'est exactement de cela qu'il s'agit.

C'est tout le paradoxe. Un discours sur l'art pictural d'aujourd'hui s'exprime ici dans des matériaux différant en tous des couleurs pâteuses, crémeuses ou liquides qui se sédimentent usuellement en taches sur les palettes.

Joël Andrianomearisoa aime déployer son univers poétique en travaillant de multiples médiums et matières. Les organisateurs de l'évènement chaumontais le soulignent dans leur présentation de l'artiste. Il faut s'attendre à tout de la part d'un touche-à-tout dont les créations sont « souvent réalisées à partir de textiles, de papiers, parfois du bois, des minéraux, ou bien à partir d’objets inattendus (miroirs, parfums, emballages, tampons…) avec lesquels il réinvente le magique et provoque l’émotion ».

Les ingrédients employés pour l'installation Les herbes folles du vieux logis quel que puisse être leur nature réelle respective se pose en tout cas pile à mi-chemin entre la peinture et la plante. C'est un artefact quasi-végétal de tableau. Une œuvre dans laquelle le modèle, ici les plantes, est directement surplombé par son portrait qui en livre une version abstraite pratiquement digitale. Comme si la peinture se refusait d'intégrer sur sujet dans son cadre dont elle cherche, elle-même, à s'extirper. Chassé-croisé. Exercice en X, eût dit Gainsbourg.

La couleur tient ici un rôle unificateur. Ocre, jaune, vert, marron, noir… la palette employée reprend, pour mieux s'y fondre, les teintes naturelles de son sujet comme de son contexte. Tout s'entremêle. Mais l'harmonie pacifique de cette mimesis chromatique ne fait que rehausser le caractère brut et violent même des lignes verticales formant un bas-relief sauvage de parallèles en nylon qui composent comme des pixels étirés les traces hachurés d'une contrefaçon plastique du végétal. Et en imitent la poussée.

L'œuvre se donne alors à lire comme une réorganisation géométrique de la nature qui, saisie par l'art, se révolte et conteste de l'intérieur son tracé au cordeau. Il en ressort un subtil jeu de hors-cadre d'un esprit très 21ème siècle. Ce énième dialogue entre l'art et le monde est d'une nature éminemment picturale. Par le trompe-l'œil inaugural lors de sa découverte. Mais aussi par son propos et les problématiques artistiques dans lesquelles il s’inscrit.

Se fondre dans l'âme de son sujet tout en débordant de son cadre. C'est une assez belle définition de l'« expérience » à laquelle doit nous inviter une toile d'aujourd'hui. Mais quel tableau de 2021 y répond ?

Il existe de bonnes raisons de mémoriser le patronyme en 16 lettres de Joël Andrianomearisoa.

Illustration : Joël Andrianomearisoa - Les herbes folles du vieux logis – 2021