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Attention image !
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Août 2021 | Temps de lecture : 13 min | 0 commentaire(s)

Et si la seule image à garder dans le numéro de juin de Beaux-Arts était une publicité ?

Cela ferait désordre, bien sûr car la pub dans ce genre de supports n'a que deux fonctions possibles.  Elle permet aux magazines d'art de maintenir des prix de vente accessibles, ce qui est devenu capital à l'heure où il est si facile de se faire une revue d'actualités artistiques gratuite sur le Net et les réseaux. Sans ces revenus supplémentaires, leurs services Abonnement peuvent fermer. Mais tout cela, c'est les coulisses que nous préférons tous oublier. Égoïsme d'autruches.

Côté façade, la publicité est surtout utilisée ici comme moyen d'informer des dates d'expos ainsi que des sorties de livres et de films qui donnent, par un brassage savant de styles, le sentiment délicieux que l'art est toujours vivant. Dignité artistique oblige, toutes ces annonces qui intercalent au fil des pages des images dans les images ont toujours le bon goût d'éviter le hard selling. Il est vrai que leurs visuels sont le plus souvent des œuvres présentées dans les expos vantées. Une promo sur un Picasso constituerait un petit sacrilège.

Les services ou agences de pub qui produisent ces annonces apportent donc un soin tout particulier à la réalisation des images employées s'ils veulent faire bonne figure dans un contexte plastique aussi relevé. Un vrai travail d'artiste ! Des graphistes ! Des artistes ?

Et tout à coup, sans crier gare, paraît ici ou là, dans Beaux-Arts ce mois-ci en l'occurrence, une image de pub qui prend l'art à son propre jeu. Mais personne n'oblige les artistes d'aujourd'hui à accompagner le mouvement du grand public qui préfère vivre une « expérience sensorielle » plutôt qu'une rencontre avec des œuvres dans le cadre dénudé d'une galerie ou un musée.

L'affiche-annonce de l'exposition « La mer imaginaire » frise en ce sens le génie. D'abord, elle crée le vide autour d'elle, en exposant précisément le vide bleu marin. Cela provoque un appel d'air. On ne voit plus qu'elle. C'est une bonne publicité ! Un « eye catcher ». Mais tous les tableaux ne prétendent-ils pas exercer un pouvoir d'attraction supérieur à celui d'un papier peint ?

Au départ, vue de loin, c'est une image abstraite. Un Klein. La chute de l'homme nu qui nous représente dans ce cadre; nous hameçonne et nous scotche. La compo fait que c'est nous qui tombons. Voilà le point de vue joyeux depuis lequel nous sommes invités à parcourir l'image. Cette identification automatisée est un piège. C'est terriblement inquiétant mais c'est diablement beau. Notre chute semble transformer l'eau en ciel. Incapables de nager entre les nuages, nous sombrons sur terre. La noyade d'Icare.

De l'art de peindre du même pinceau, prendre dans le même objectif et sculpter dans le même bloc la grandeur de la nature et la beauté tragique du destin humain. Conscient qu'il n'est rien dans ce décor de géant. Une fourmi balancée dans le Grand bleu de Besson. Jusqu'où va-t-elle tomber ?  Cette poupée vaudou mal aiguillée ne s'imagine sûrement pas que nous sommes là à la regarder s'enfoncer dans nos ténèbres freudiennes. Fascinés.

Rares sont les images, dans les magazines d'art, dont on ressorte à ce point mouillé. Les sémiologues parlent de « visuals » pour désigner ce type d'images qui ne laissent pas indifférent. Tout un art.

Illustration : Affiche de l'exposition La Mer imaginaire - 2021 Villa Carmignac – Hyères – Jusqu'au 17 octobre