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Que cache le visible ?
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Août 2021 | Temps de lecture : 13 min | 0 commentaire(s)

Un univers mental. Voilà le sens qu'il y a à créer un œuvre de peintre selon René Magritte.

Mais avec sa période de « peinture vache » surgie de nulle part dans les années 40, Magritte se mit à jouer les « Renoir », comme le souligne Beaux-Arts. Voire les « Matisse » parfois. De quoi souffler à André Breton que « ceci n'est pas » un tableau. Ou du moins pas un tableau surréaliste. Surimpressionniste ? Scandales, menaces, insultes. La branche française du mouvement, sous l'égide de son « pape » rigoriste ne pouvait se reconnaître dans les couleurs exubérantes de ces imbécillités barbouillées nées d'un grand n'importe quoi assumé. Voulu et calculé.

C'est à l'occasion de sa première exposition parisienne personnelle que le roi des images ostensiblement fabriquées pour signifier a conçu ce projet insensé. Tout faire sauf du Magritte. Il y a, paraît-il, éprouvée une grande joie nimbée d'un parfum de liberté inédit. Mais le surréalisme n'était plus là pour rigoler de ces facéties de potache. L'art intelligent surréaliste se prenait au sérieux. Que reste-t-il aujourd'hui, avec le recul, de la problématique sous-jacente à cette crise esthétique ?

On notera d'abord que si Magritte semble avoir trahi Magritte, c'est d'abord au niveau de sa patte, son style. Il ne peint plus du même pinceau. Mais l'esprit reste inchangé. Comme cette façon unique d'écrire des phrases avec un pinceau.

Aujourd'hui, un tel écart serait encore pire. Comme si Soulages se prenait pour Di Rosa le temps d'une expo. On assimile totalement l'art d'un créateur ou d'une créatrice à la plastique de ses œuvres. C'est une approche malvenue à propos de Magritte dont le propos était de peindre une pomme ou un homme à chapeau melon dans un style suffisamment réaliste pour en assurer une reconnaissance immédiate. Point barre.

Magritte ne peint pas des êtres, des lieux et des objets, bref des choses, il assemble des signes aussi harmonieusement que possible sur un tableau. Techniquement, c'est encore plus limité que Hopper. Mais, ici comme là, ce n'est pas l'illusion de réalité qui est recherchée. Le sentiment du réel suffit. Il est surprenant que les différences de point de vue de politiques artistiques aient empêché les Surréalistes français de juger les productions honteuses de leur ami belge sur des plans autres que la mimesis et la plastique.

Mais finalement que reste-t-il comme peintres connus et épargnés par l'histoire au rayon Surréalisme ? Dali, Chirico…Magritte ! Pas vraiment des intégristes de la ligne pure et dure du parti incarné par Breton. Tout dépend finalement comment on définit le Surréalisme.

Si l'on revient à sa source, on tombe nécessairement sur cette définition de Beau surréaliste qu'en a donnée Lautréamont : « Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie ». C'est la définition même de l'art pictural de Magritte et tout particulièrement de sa « peinture vache » imaginée pour contrer par la dérision le snobisme anti-belges du beau monde parisien.

Pour conclure sur ce « peintre intelligent », il est bon de passer là où commence l'article d'Art Press. Car rares sont les peintres qui méritent que l'on cite à leur propos la théorie du signe de Ferdinand de Saussure ainsi que le fait Beaux-Arts. Il serait sûrement bon aujourd'hui que nos artistes sachent différencier, tout comme ils le font avec le bleu et le rouge, le signifiant et le signifié de leur geste artistique. C'est tout le problème des « peintres intelligents ». Ils nous montrent en creux ceux qui ne le sont pas.

 

Illustration : René Magritte -Le Crime du Pape – 1948