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Néo-postmodernisme urbain ?
neo-postmodernisme-urbain
Août 2021 | Temps de lecture : 14 min | 0 commentaire(s)

Des jauges réduites. Des horaires élargis. Des conférences annulées. Des projections supprimées.  Et une machine à créer qui repart.

Car malgré tout, il y aura bien eu un millésime 2021 d'Urban Art Fair.

C'est super, c'est génial. Oui, mais nous ne dirons en aucun cas que c'est l'essentiel.  Car le but d'un art vivant n'est jamais que la vie reprenne comme avant. Mais bien plutôt qu'elle reprenne de l'avance. De plus belle. C'est ce que crient avec des couleurs volontiers vives la grande majorité des œuvres présentées pour exprimer en chœur un désir de renouveau très communicatif.

L'effet de concentration joue à plein. On assiste ici à une floraison d'œuvres mais aussi très souvent une floraison dans chaque œuvre. L'art mangeur de murs est d'humeur bavarde cette année. C'est la première impression qui s'impose. Elle s'appelle convergence dans la diversité. Ou éclectisme de groupe.

Le casting des artistes invités confirme dans ce sentiment. Tout le monde est là, ainsi que le note l'Œil. Des pionniers comme Speedy Graphito aux révélations comme Rouge en passant des enfants du graffiti comme Astro, Bursk et Natsy.  Cette prolifération des formes  semble logique dans les circonstances actuelles. Elle n'en fait pas moins tiquer sur le plan critique car elle peut s'avérer un premier indice d'une évolution assez surprenante de l'art urbain.

Quelles sont les autres tendances de fond qui se donnent à lire dans les œuvres présentées ? La patte. La plastique, le léché, le fini. On soigne désormais avec un soin méticuleux la facture des œuvres. Quitte à développer une maîtrise picturale très classique comme le fait l'étoile montante bordelaise Rouge. On sait jouer de son instrument. Le respect est ici un concept interactif.

Cette virtuosité n'est en rien exhibitionniste. Elle se met toute entière au service du rendu irréprochable posé visiblement un eu partout comme un prérequis. Le street art semble avoir beaucoup gagné à fréquenter pour les séduire les galeries.

Du coup, apparaît aussi en troisième tendance de fond une volonté farouche de s'inscrire dans l'histoire de la peinture en allant au-delà de la simple appropriation de Superman à la Lichtenstein ou de Mickey à la Warhol. Nous sommes entrés dans l'ère du discernement. Fini le simple affichage dans ses propres œuvres d'icônes samplées à droite et à gauche et collées là ostensiblement histoire de montrer que l'on aime mais surtout que l'on connaît. Fin de l'ère des complexes, dirait-on.

C'est en effet à un jeu de clins d'œils et références bien plus subtiles que se livre une artiste comme Cali. Elle se montre capable de ranger dans le même caddie un Love 3D d'Indiana, la Fontaine du divin Marcel, une banane de vous savez qui, un chien-ballon abandonné et une petite fille déjà vue quelque part lâchant un ballon rouge en forme de cœur. Entre autres.

Et pourtant, on n'éprouve ni saturation ni overdose. Tout est à sa place, intégré, uniformisé. Rien n'est magnifié. Et malgré le côté un peu primaire du message anti-société de consommation qui prend le premier plan, l'ensemble fonctionne. On est visiblement passé de « Je connais tout » à « Qu'est-ce que je fous de tout ça ? ». C'est bien mieux ! Sur le plan artistique.

Récapitulons. Nous avons noté : éclectisme + perfectionnisme stylistique + intégration des signes artistiques du passé. Et si l'art urbain de 2021 était en train de nous réinventer le postmodernisme ?

Illustration :
- Rouge - Fresque aux Chartrons 2020
- Cali - la Collectionneuse - 2019

 

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