Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience de navigation. En naviguant sur le site vous acceptez Notre politique de confidentialité.

Ok
Y a-t-il un style Cartier-Bresson ?
y-a-t-il-un-style-cartier-bresson - ARTACTIF
Juillet 2021 | Temps de lecture : 10 min | 0 commentaire(s)

C’est une photo d’un type qui fume la pipe sur le Pont des Arts à Paris. Elle a été prise à l’époque où l’on aimait les photos sans couleurs. Le cadrage est sympa, malin. Sur la gauche, le regard est conduit à aller vers l’autre rive à travers le flou d’un léger brouillard. Et, en même temps, sur la droite, on est hyper net sur le bonhomme qui semble, du coup, occuper le centre de l’image sans y être. La prise de vue y gagne en spontanéité autant qu’en profondeur. Et le type à la pipe s’appelle Jean-Paul Sartre.

Gandhi, Marilyn Monroe, Fidel Castro, Albert Camus…Que reste-t-il aujourd’hui de l’art photographique d’Henri Cartier-Bresson si l’on retire toute dimension people de ces clichés ? Une masse, un fonds gigantesque riche de milliers de photographies de rue dont une belle part est heureusement venue s’abriter au sein de la collection de François Pinault en 2014. Des photos qu’ont copiées tous les photographes amateurs depuis.

C’est dans ce fonds qu’ont été puisées les images montrées en ce moment à la BNF et au Musée Carnavalet. Côté Pinault, le commissariat a été confié à Annie Leibovitz, Sylvie Aubenas, Javier Cercas et Wim Wenders. Que des pointures de l’image et du sens. Mais retour du people. Paradoxal pour un photographe du quotidien.

Le problème, c’est qu’il est très chic d’aimer Cartier-Bresson ! Mais c’est aussi la solution ! S’il n’était pas de bon ton de punaiser une carte postale du maître sur son mur, il y a longtemps déjà que la poésie à la Prévert de ses petits rectangles noirs et blancs aurait été étouffée par la poussière de l’indifférence. Son œuvre seule serait restée. Mais anonyme.

Mathieu Hummery, éminence grise du Grand Jeu, l’exprime en affirmant que Cartier-Bresson est « un artiste pop : beaucoup connaissent ses images sans savoir qu’elles sont de lui ». Il n’y a donc pas de style Cartier-Bresson. Juste une errance parisienne traversée, dans le nombre, de fulgurances. Avec toute la sobriété formelle voulue pour faire de ces fulgurances des évidences. Des classiques.

À propos, le type sur l’autre photo qui s’abrite de la pluie en enfonçant sa tête dans son imper comme s’il n’avait pas de cou… c’est Alberto Giacometti.


Photo :

- Henri Cartier-Bresson – Albert Camus – Paris 1944
- Henri Cartier-Bresson – Che Guevara - Cuba 1963

 

Discutons !
Personne n'a encore eu l'audace de commenter cet article ! Serez-vous le premier ?
Participer à la discussion
Tapez sur ENTREE pour passer à la ligne