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Les tribulations d’un beau soldat romain figé pour l’éternité
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Juin 2022 | Temps de lecture : 18 min | 0 commentaire(s)

A propos de l’exposition au Musée d’archéologie nationale, de la visière de casque à visage romain découverte en Meurthe-et-Moselle.

Les œuvres d’art archéologiques sont porteuses d’une émotion toute particulière, tant elles racontent avec un esthétisme hors du commun une civilisation à la fois proche et lointaine de nous. Ainsi en est-il de la fameuse visière de Conflans-en-Jarnisy (54), moulée sur le visage d’un soldat romain du 1er siècle de notre ère. Le jeune cavalier, qui était vraisemblablement en poste sur la voie romaine menant de Trêves à Lyon, n’imaginait certainement pas qu’on admirerait ses traits gracieux au XXIe siècle ! Mais alors, pourquoi cette visière de cuivre d’une incroyable beauté, retrouvée en 1908 à l’occasion de travaux de terrassement, documentée dès 1911 par Paul Perdrizet, membre de la société d’archéologie lorraine, est-elle exposée au public pour la première fois ?

Masque de Conflans

Un concours de circonstances fait qu’il aura fallu attendre 2019 pour que cette pièce exceptionnelle entre enfin dans les collections nationales, au Musée d’archéologie nationale (MAN), où elle est présentée en majesté jusqu’au 9 mai.

Car aussi incroyable que cela puisse paraître, les musées n’en veulent pas lorsqu’elle leur est proposée en 1919 par les descendants du docteur Coliez, chez qui elle avait atterri à Longwy après avoir été exhumée au moment de la construction d’un magasin sur la route menant de Conflans à Jarny, en Meurthe-et-Moselle, non sans avoir auparavant terrifié un temps la cuisinière d’un officier à la retraite. Du moins, ils n’en veulent pas au prix demandé. Le MAN leur propose en effet 5000 francs de l’époque alors qu’ils en réclament 21 000.

Qu’à cela ne tienne, la visière reste dans la famille en attendant des jours meilleurs. Lesquels arrivent en 1941, en pleine Occupation, sous la forme d’une petite annonce : l’écrivain Henry de Montherlant, toujours en quête de perfection esthétique, recherche des pièces antiques pour étoffer sa collection personnelle. Et il leur achète la visière 50 000 francs, non sans s’être assuré auprès des musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles de la qualité de l’œuvre d’art. On voit d’ailleurs l’écrivain, six ans avant son élection à l’Académie française, la présenter dans une archive vidéo de 1954 mise à disposition sur le site de Beaux Arts Magazine : il n’en est pas peu fier, de son acquisition ! A tel point qu’il annonce alors qu’il souhaite se faire inhumer avec…

On imagine l‘émoi dans lequel le suicide de Montherlant en 1972 plonge le petit monde de l’archéologie… Cette pièce exceptionnelle, dans un état de conservation exemplaire, va-t-elle vraiment se retrouver à nouveau enfouie sous terre ? Heureusement non, l’illustre écrivain est finalement incinéré. Mais malgré la campagne de presse et l’intervention ministérielle ayant permis ce dénouement… ce n’en est encore pas un ! Car alors, le « masque de Montherlant » disparaît… Et ne réapparaît qu’en 2017 dans une vente chez Artcurial dispersant la collection d’antiques de l’écrivain. Parmi toutes les œuvres d’art à vendre figure bien la visière de Conflans. Estimée entre 60 000 et 80 000 euros, elle est achetée 117 000 euros… par un particulier étranger ! Cette fois l’Etat intervient et refuse son passeport d’expropriation en la classant trésor national.

Il faudra toutefois le soutien financier de la fondation La Marck sous l’égide de la Fondation du Luxembourg pour qu’en 2019 cette visière guerrière de 19 cm de haut, faite sur mesure au Ier siècle après J.-C. , rejoigne les collections du MAN. Le visage imberbe du jeune homme est surmonté d'un bandeau de mèches bouclées et d'une couronne végétale, que les radiographies ont révélés.

L'étude scientifique conduite avec le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF) a permis d'éclairer les choix de restauration. Le travail d'imagerie scientifique et d'analyses physico-chimiques constitue une occasion particulière de présenter au grand public, de manière concrète, les investigations menées en laboratoire. D'où l'exposition "Face à face - Visière d'un cavalier romain" qui se tient depuis le 22 janvier et jusqu’au 9 mai 2022, dans la salle d'exposition temporaire du musée d'Archéologie nationale à Saint-Germain-en-Laye (78).

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