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Le poing levé de Toyen
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Juin 2022 | Temps de lecture : 16 min | 0 commentaire(s)

A propos de l’exposition « Toyen. L’écart absolu » jusqu’au 24 juillet au Musée d’art moderne de Paris.

Faire la connaissance de Toyen dans le nouveau numéro de L’Oeil à l’occasion de l’exposition que lui consacre le Musée d’art moderne de Paris est un grand bonheur. Et si on connait déjà cette artiste qui a élevé l’insoumission et la liberté au rang des beaux-arts, quelle joie immense de la retrouver ! Du plus loin que l’on fouille dans la biographie de celle qui s’appelait en réalité Marie Cerminova, née à Prague en 1902, on trouve ce désir vital de s’émanciper de toute autorité. La jeune fille n’a que 16 ans lorsqu’elle s’installe seule dans un appartement praguois pour assouvir sa passion du dessin tout en goûtant à l’anarchie et au communisme, quitte à devenir le vilain petit canard de la famille. Le portrait photographique un an plus tard de cette jeune femme au menton volontaire, au regard déterminé, ne daignant même pas fixer l’objectif, est aussi bouleversant qu’édifiant. A l’époque elle se « fait la main » à l’Ecole des arts décoratifs, dans l’atelier d’Emanuel Dite. Mais elle sait qu’elle a trouvé son endroit et qu’elle ne vivra désormais plus qu’en poésie.

Peindre, voyager, rêver, observer, lutter, exposer, publier… L’œuvre et la vie de Marie Cerminova seront pour toujours indissociables. Elle ne signe pas encore Toyen quand elle rencontre ceux qui deviendront ses complices en 1922 en Croatie. Avec les peintres tchèques Jindrich Styrsky et Jiri Jelinek elle formera un trio inséparable et intégrera l’année suivante le groupe d’avant-garde Devetsil créé à Prague en 1920. Casquette vissée sur cheveux courts, clope au bec, Marie ne passe pas inaperçue à l’époque. En signant ses premières natures mortes d’un pseudonyme choisi en hommage aux « citoyens libres et égaux de la Révolution française », elle devient Toyen pour le restant de ses jours. Ses tableaux sont vite repérés. En plein postcubisme, Hans Richter évoque dès 1924 un « chef d’œuvre de mademoiselle Toyen », et le vicomte de Noailles lui achète son « Port » en 1925.

L’artiste est nomade. France, Yougoslavie, Italie… Elle n’a de cesse de multiplier ses sources d’inspiration et ne risque pas de se laisser enfermer dans une case, qu’elle soit cubiste, géométrique, érotique ou surréaliste. Elle s’essaie au sable, au pochoir… et l’onirisme poétique est là toujours qui s’impose. Ce qui intéresse Toyen, c’est le combat. C’est la valeur ajoutée de la vie aussi, donc elle la croque sous toutes ses formes dans ses petits carnets, donnant naissance à des œuvres d’art qui très vite ne déparent pas en s’exposant aux côtés de celles de Delaunay, Mondrian, Léger, Brancusi ou Larionov. Avec Styrsky, elle lance les bases de l’ « artificialisme » et s’installe à Paris dans le triangle d’or du bal Bullier, du cirque Médrano et du Jardin des Plantes. Son imagination débridée s’accroche bientôt aux cimaises des galeries d’art contemporain parisiennes. On pense à Paul Klee, à Max Ernst, pour qui elle posera d’ailleurs bientôt.

Son monde flotte de plus en plus dans une inquiétante étrangeté. Rien d’étonnant à ce que la première exposition surréaliste à Prague, dont elle fonde en 1934 la phalange tchécoslovaque avec Styrsky et le poète Nezval, expose 24 de ses toiles ! Avec sa poésie souveraine, Toyen est intronisée partout. Elle est de toutes les signatures, de toutes les pétitions. Elle n'hésite pas à congédier Nezval du groupe surréaliste  en 1938 quand le poète reste aveuglé par les agissements soviétiques, à cacher dans sa salle de bain pendant la guerre le poète juif Heisler. Et jusqu’à sa mort en 1980, survivant douloureusement à Styrsky, à Breton, elle choisira toujours les métaphores oniriques pour raconter le désastre et l’horreur. Et elle luttera.

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