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L’art éthiopien sort de sa cachette
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Avril 2022 | Temps de lecture : 17 min | 0 commentaire(s)

A propos de la parution du livre « L’Art de l’Ethiopie – Des origines au Siècle d’or (330-1527) », de Jacques Mercier, aux éditions Place des Victoires.

Peinture géométrisante d’une incroyable modernité, croix aux formes innombrables, enluminures colorées, icônes fascinantes… L’infinie richesse de ses motifs et de ses techniques fait de l’Ethiopie l’acteur le plus créatif de l’art chrétien d’Afrique. Un très beau livre vient de sortir consacré aux œuvres d’art éthiopiennes du IVe siècle au début du XVIe siècle, nourri des enquêtes menées par l’anthropologue Jacques Mercier depuis plus de cinquante ans dans plus de 350 églises. Une galerie d’art à nulle autre pareille !

La première enluminure choisie en pleine page pour illustrer l’article de Sophie Flouquet dans Beaux-Arts Magazine, « Jésus enseignant », montre à quel point l’art éthiopien sut se renouveler sans cesse tout en gardant une profonde originalité. La modernité de cette foule compacte sur un parchemin atteste aussi bien que ses paysages spectaculaires de la singularité du seul Etat africain ayant su résister à la colonisation occidentale. La découverte en 1974 de Lucy a fait de l’Ethiopie le berceau de l’humanité. Mais son art religieux pourrait bien en faire celui du luminisme, ce mouvement artistique qui accorde une attention toute particulière à la lumière.

Les illustrations du livre de Jacques Mercier sont d’une beauté saisissante et pour la plupart inédites. Associées à des analyses nouvelles, dont celles des manuscrits illustrés peut-être les plus anciens du christianisme, elles apportent un éclairage unique sur cet art foisonnant de chefs-d’œuvre. Difficile aujourd’hui au vu des guerres civiles qui ne cessent plus de ravager le pays de ne pas s’inquiéter aussi pour son patrimoine…

Un peu d’histoire : la Constitution promulguée en 1995 a institué la République fédérale démocratique d’Ethiopie. Les prémices en remontent à l’abolition du régime monarchique en 1975. C’est de l’art de l’Ethiopie dite historique, donc antérieure à 1975, dont il est question dans ce livre. Et plus précisément de l’art religieux. On sait, par l’apparition du motif de la croix sur les monnaies aksoumites, que le negus (roi) d’Aksoum Ezana se convertit au christianisme vers 330-340 de notre ère, soit peu après la légalisation du christianisme dans l’Empire romain et la fondation de Constantinople. La plupart des monarques éthiopiens jusqu’à Hailé Sélassié se réclameront ensuite de la descendance du roi Salomon et de la reine de Saba. L’absence de temples aksoumites dans le paysage éthiopien et de sculptures sacrées datant de cette époque laisse penser que la christianisation fut marquée par de grandes destructions des objets et bâtiments cultuels précédents. L’histoire de l’art éthiopien élaborée dans ce livre commence donc avec cette césure fondatrice, qui substitue notamment l’art de la peinture à celui de la sculpture. Quasiment tous les artefacts conservés depuis lors jusqu’au XVIIIe siècle sont des objets liturgiques ou des symboles chrétiens. Comme le constate Jacques Mercier, « l’histoire de l’art éthiopien se confond avec celle de l’art chrétien ». D’où un titre quelque peu trompeur pour ce bel ouvrage… qu’on lui pardonne allègrement tant les reproductions d’œuvres d’art sont de qualité.

Les peintres qui travaillèrent en Aksoum ont été excellemment formés à l’art protobyzantin. Les évangélistes, les entrelacs, la faune et la flore qui décorent les Evangiles d’Abba Gärima sont une succession de tableaux plus raffinés les uns que les autres, ayant sans doute été protégés des outrages du temps grâce à leur oubli dans quelque cachette jusqu’à leur découverte au XIVe siècle. La peinture sur bois stuqué prendra le relais, et le Siècle d’or de l’art éthiopien prendra sa source dans le règne de Dawitt (1378-1413), un souverain qui commanda deux chefs-d’œuvre au style profondément original, dont la « Vie des saints et martyrs » qui ne dut sa redécouverte elle aussi qu’à la bonne cachette qui l’aura protégée jusqu’au XIXe siècle…

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