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Précieux passeurs d’art
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Avril 2022 | Temps de lecture : 14 min | 0 commentaire(s)

A propos du couple Zayas dont le palais de Séville abrite des trésors immémoriaux.

Imaginez-vous vivre dans un temple du beau et de la connaissance sans avoir besoin de vous laisser enfermer au musée ! Anne et Rodrigo de Zayas ont fait de leur palais du XVIIIe siècle au cœur de Séville une demeure enchantée dédiée au culte de l’esprit. A moins que ce ne soit une maison aux esprits. En tout cas, on se sent déjà éclairé rien qu’en y pénétrant à la suite de Valérie Bougault, qui signe pour Connaissance des arts une visite guidée digne des contes des mille et une nuits. Le traditionnel seuil en bois puis la superbe grille ouvragée de fer forgé franchis, le voyage commence. Au milieu du patio chante une fontaine, entourée de citronniers, d’amaryllis et de jasmin, et trois étages au-dessus le toit terrasse immerge ses visiteurs dans la blancheur d’un village andalou à la Federico Garcia Lorca. Entre les deux, tout n’est qu’œuvres d’art, tableaux, musique et livres anciens… Un véritable rempart à la barbarie.

Partageant leur vie depuis 55 ans, Anne et Rodrigo de Zayas ont fondé le groupe Taller Ziryab pour jouer et chanter à travers le monde des airs que l’Andalousie elle-même avait oubliés. Lui, guitariste de renom ayant notamment fait connaître à un large public la musique de la Renaissance et se consacrant désormais à l’écriture, elle sublime mezzo-soprano, sont aujourd’hui entourés de plus d’une centaine d’instruments de musique, orgues, guitares courtisanes et vihuelas du XVIe siècle, mais aussi de dessins de Picabia, d’une aquarelle de Cézanne, de statuettes africaines, de mobilier oriental, de gravures, lithographies et toiles post-cubistes de Marius de Zayas, le père de Rodrigo, issu d’une aristocratie espagnole émigrée à Cuba puis au Mexique au début du XIXe siècle. La mère de Rodrigo, elle, fille du gouverneur américain des Philippines et héritière du fondateur de la Central Pacific Railroad, arrière-petit-nièce de Thomas Jefferson, recevait chez elle à Paris aussi bien James Joyce que Rachmaninov, Derain ou Ezra Pound… Inutile de dire que tout ce petit monde s’est nourri de l’esprit des Lumières.

« Mes parents, parfaitement autodidactes, se pensaient dans la lignée universaliste d’Alexander von Humboldt », témoigne Rodrigo de Zayas. « Tout savoir méritait qu’on s’y intéresse. Ou qu’on encourage d’autres à le faire. » Ainsi la vie de Rodrigo fut-elle aussi cosmopolite que peut l’être celle d’un petit garçon dont les parents parrainent des fouilles archéologiques en Egypte ou des recherches sur la culture chamanique tibétaine, vivent tantôt à Madrid, tantôt aux Etats-Unis, en France, à Damas… parlent couramment le français, l’anglais, l’espagnol, l’italien, l’allemand, l’arabe… ou le mandarin ! « J’ai eu la chance folle de grandir dans une ambiance de principauté de la Renaissance italienne », sourit l’inlassable passeur d’art, qui ne se contente pas de vivre dans son palais sévillan entouré de trente-cinq mille ouvrages plus éclectiques les uns que les autres, mais qui les met à la disposition des chercheurs du monde entier. Non sans avoir rassemblé les archives de son père, caricaturiste, peintre, dessinateur et ami de Braque, d’Apollinaire, de Picabia, de Picasso, découvreur de l’art primitif africain et initiateur avec Stieglitz de l’art moderne à New York, pour publier en 2021 « Marius de Zayas » par Rodrigo de Zayas, en deux tomes, aujourd’hui réunis dans un coffret des éditions Atelier Baie avec « Quand, comment et pourquoi l’art moderne est allé de Paris à New York » par Marius de Zayas, paru en 1947.

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