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Jean Hélion ou l’éternel retour
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Avril 2022 | Temps de lecture : 17 min | 0 commentaire(s)

A propos de l’exposition-vente des œuvres de Jean Hélion de 1955 à 1966 qui se tient à la galerie Alain Margaron à Paris jusqu’au 30 avril.

Le « Jardin bleu », de Jean Hélion, est l’une des peintures à vendre parmi la quarantaine d’œuvres méconnues réunie par la galerie d’art d’Alain Margaron, rue du Perche à Paris. Il est de ces toiles comme hâtivement brossées, de ces scènes de rue comme hâtivement croquées. Un homme sort du parc pendant qu’un autre y entre. On sent le froid tranchant et on reste pris dans les filets de ce jour d’hiver, ensoleillé à n’en pas douter. Elles sont comme ça, les peintures de Jean Hélion (1904-1987) : irrésistibles. Giacometti lui-même disait qu’il ne pouvait en détacher son regard. Elles n’eurent pourtant pas les faveurs du marché de l’art en leur temps. Car l’artiste avait trahi. Lui, le grand maître de l’abstraction géométrique, s’était soudain mis à s’émerveiller à la vue des toits de Paris ou d’un chou sous une lucarne. Lui, devenu le chantre de l’avant-garde dans les années 1930, avait tout remis en cause au moment où la Seconde guerre mondiale s’était déclarée : il s’était mis à peindre des têtes d’hommes avec chapeau. Et voilà qu’au retour de cette guerre, dont il s’était évadé pour aller se réfugier aux Etats-Unis après avoir été fait prisonnier en Silésie, il osait mettre tout son art au service du figuratif. Il osait représenter les beautés qu’il décelait partout dans ce monde dévasté. Sans se soucier d’être rejeté par tous ses anciens amis d’Art concret ou d’Abstraction-Création, ces collectifs d’artistes au sein desquels il fréquentait Mondrian, Van Doesburg, Arp, Léger, Delaunay, Gleizes, Kupka

Jean Hélion n’en demeure pas moins éternellement une « figure majeure du XXe siècle ». Comme nous le rappelle Fabien Simode dans le numéro de mars de L’Oeil, il semble en effet qu’il possède une cote affective inversement proportionnelle à sa reconnaissance. Il garda d’ailleurs toujours l’affection de Balthus, Giacometti et Brauner. La valeur des œuvres choisies aujourd’hui par la galerie d’art parisienne se situe entre 10 000 et 200 000 euros.

Natif de Couterne, en Normandie, l’adolescent qui entend « sans cesse gronder le canon » à Amiens s’appelle encore Jean Bichier lorsqu’il s’essaie à des études de pharmacien puis de dessinateur en architecture. Mais toujours il écrit des poèmes, mélange des couleurs. Reste scotché au Louvre devant les peintures de Poussin et de Philippe de Champaigne. Et choisit en 1921 de se consacrer définitivement à la peinture. Le collectionneur d’œuvres d’art contemporain George Bine lui permet aussitôt d’en vivre. Ses premières toiles seront d’ailleurs épaisses et figuratives, avant que Torres-Garcia, ce peintre muraliste qui collabora notamment avec Gaudi n’enseigne au jeune Hélion, chez qui il habite un temps, les rudiments du cubisme.

Au sommet de son art, l’artiste qui a toujours pris ses distances avec les doctrinaires, peint en 1939 sa dernière toile abstraite. Il l’avait déjà senti en 1935 : « Plus j’avance, plus l’appel de la nature devient évident… les volumes vont devoir devenir complets : des objets, des corps. Ce sera bientôt l’inévitable bout du nez de la nature et le passage dans une nouvelle ère naturaliste. »

Il n’en demeure pas moins qu’il fait partie des artistes ayant introduit l’art abstrait aux Etats-Unis en s’y installant en 1932 avec sa seconde épouse Jean Blair, multipliant les allers-retours entre la France et la Virginie. Il a droit à sa première exposition personnelle à New-York en 1943, dans la galerie d’art contemporain Art of this Century, de Peggy Guggenheim. La fille de la richissime mécène et collectionneuse, Peggen Vail, est-elle sensible au côté rebelle de ce peintre ne craignant pas d’aller à contre-courant, de renoncer à la renommée qu’il a acquise dans l’art abstrait ? Toujours est-il que Jean Hélion est veuf en 1944, et que ces deux-là se marient en 1946. Terminé pour lui les difficultés financières… même si elles ne l’ont jamais empêché de faire ce qu’il avait envie de faire.

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