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La « sculpitecture » d’Anthony Caro
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Avril 2022 | Temps de lecture : 14 min | 0 commentaire(s)

A propos d’une suggestion de week-end dans le Nord de la France pour découvrir « Le Chœur » d’Anthony Caro dans l’église de Bourbourg.

Fut un temps où l’art était religieux. Fut une époque où pour travailler, les peintres et les sculpteurs devaient forcément répondre aux commandes des grands dignitaires du clergé, et donc orner les lieux de culte d’art sacré. L’argent était là. Ainsi les églises sont-elles souvent devenues de véritables galeries d’art ancien. Mais c’est l’art contemporain qui parfois les inonde aujourd’hui, et pas seulement par le biais de leurs vitraux. Dans une petite cité médiévale de 7000 habitants répondant au nom de Bourbourg, dans le Nord, c’est à l’initiative du Ministère de la culture et de la municipalité, alliés au diocèse, que l’artiste contemporain Anthony Caro (1924-2013) a redonné vie au chœur de l’église catholique Saint-Jean-Baptiste. Laquelle avait vu son clocher entièrement détruit par un incendie en 1940 : pendant que les Alliés tentaient de quitter la poche de Dunkerque non loin de là, un avion allemand avait en effet été touché et son essence enflammée avait embrasé le toit de l’église, ravageant la charpente du chœur.

Si des travaux menés dès 1950 avaient permis de restaurer l’édifice, le chœur en avait toutefois été longtemps fermé par un mur de briques, avant que le sculpteur britannique Anthony Caro ne soit invité en 2000 à relever le défi de lui redonner sa lumière. L’ancien de la Royal Navy ayant connu Londres en flammes ne pouvait qu’être touché par le projet. Dans ce splendide espace, il propose alors de créer une sorte de sanctuaire, où chacun pourra se souvenir des horreurs de la guerre et se recueillir pour honorer la mémoire des morts. « Plus jamais ça. »

Le diocèse lui confie même le soin d’imaginer le nouveau mobilier liturgique : autel, candélabres, banc…

Il aura fallu dix ans pour qu’autour de splendides fonds baptismaux de béton blanc, à double hélice et permettant le baptême par immersion, se déploient neuf sculptures en terre cuite et feuilles d’acier. Des hauts-reliefs évoquant la création de la vie tout en rappelant l’étroit lien de la ville avec l’eau : le nom de Bourbourg dérive du flamand « broec borg », ville des marais.

« Le Chœur » de Bourbourg participe désormais du tourisme singulier lié aux épisodes de la guerre à Dunkerque, autant que d’un parcours d’art contemporain. Et se visite avec le même respect mémoriel que le musée 1940 près du Laac, Lieu d’art et d’action contemporaine. Deux tours de bois nichées entre les arcades, tenant à la fois de la chaire et de l’architecture militaire médiévale permettent de prendre de la hauteur pour admirer l’ensemble : on reconnaît bien là l’intérêt que Caro manifestait depuis les années 1980 pour la « sculpitecture », c’est-à-dire « la sculpture en tant que lieu ».

Selon Richard Leydier, qui inaugure avec ce chef-d’œuvre la nouvelle rubrique du magazine des artistes contemporains Art Press invitant à visiter des lieux insolites et méconnus investis par l’art contemporain, « les sculptures de Caro semblent déverser des flots de métal dans le chœur, les lourdes feuilles d’acier paraissent soumises à un dynamisme tellurique qui les malaxe dans plusieurs directions. » Bref, un week-end dans le Nord s’impose.

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