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Pas tendre Pat Andrea
pas-tendre-pat-andrea - ARTACTIF
Janvier 2022 | Temps de lecture : 12 min | 0 commentaire(s)

Interview à propos d'une retrospective au MORE Museum de Gorssel (Pays-Bas)
Jusqu’au 23 janvier 2022


Balthus ! Comment ne pas penser à Balthasar Kłossowski dit Kłossowski de Rola dit Balthus en découvrant les œuvres de Pat Andrea. Même génie pour rendre crues voire cruelles des images que l'on aime usuellement montrer de la façon la plus tendre c'est-à-dire la plus édulcorée et la plus aseptisée possible. Pas de loukoums ni de guimauve dans l'univers trash et rock'n'roll d'Andrea. Ici on n'embellit rien. On n'idéalise rien.

Vous estimez que le ton nude trop rose cochon de la peau de tous ces personnages inquiétants volontiers dénudés est d'une laideur insupportablement vulgaire ? Qu'à cela ne tienne. Notre bon Pat va vous amocher ça encore davantage, en affublant, par exemple, une Eve sauvage dans les bois de traces de bronzage de bikini du pire effet. C'est bien simple, il s'efforce de ne jamais peindre de tableau mièvre ni illustratif. Alors, quand il en vient à nous produire une énième Origine du monde au passage, il en livre une version plus fente rougeâtre que minou attendrissant. Histoire de situer psychologiquement cet amateur de fautes et autres déformations anatomiques volontaires infligées aux personnages qu'il « représente ». Tout en parlant très finement de poésie par ailleurs.

Pat Andrea - War - 1981

On aurait donc tort de prendre Pat Andrea pour un punk provocateur inculte et inconscient. Le monsieur sait très bien ce qu'il fait. Tout part en effet d'un monde presque helvétique très calme et très ordonné dans lequel il s'ingénie toujours à introduire « un personnage qui crie, un vase qui tombe, un chien qui mord. » Ce cadre originel si posé et rangé n'est pas sans rappeler celui des fenêtres sans rideau de sa Hollande natale. Vitrines impudiques ouvertes sur la part la plus intime du quotidien. Balthusien, a-t-on dit.

Tout l'art consiste ensuite à faire fructifier l'héritage de… Picasso en « combinant différentes manières de voir la réalité ». L'artiste entrevoit là la « possibilité de créer un monde qui n'existe nulle part ailleurs que dans le tableau ». À la réalité peinte, Andrea préfère clairement la réalité picturale. Car Pat Andrea est un vrai peintre. Il suffit de l'écouter parler des huiles en transparence que passait Van Eyck sur la tempera pour donner plus d'éclat et de profondeur à ses couleurs. Il est patent qu'il en connaît un sacré rayon. Pareil pour les techniques de dessin et notamment des contours caractéristiques des toiles de la Renaissance italienne.

Pour lui, son œuvre doit se lire comme une tentative de synthèse entre l'approche de l'art pictural du Quattrocento et celle des Primitifs flamands dont il apprécie tant le « réalisme agréable qui laisse souvent rêver. » Rares sont les artistes à même de nommer avec une précision aussi clinique l'essence de leur projet artistique. Sa peinture qu'il définit comme « figurative, romantique, intuitive » n'en est pas moins hyper travaillée même si elle invente toujours son sujet en cours de route.

Légendes des illustrations :
Pat Andrea - War - 1981
Pat Andrea – In a Bolivian river - 1980

 

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