Martine LEE: Sculpteur

La sculpture d'un visage en terre

Un reportage sur le travail d'une spécialiste : Martine LEE

Quelles sont les bases de votre travail ?

Martine LEE: Vieux tibétain

Mon travail consiste avant toute chose à faire passer une émotion, un ressenti. Si le mouvement d’ensemble est donné par le corps, c’est le visage qui donne une expression, un sentiment, une âme.

Après avoir étudié dans différents ateliers les principes fondamentaux d’une construction académique, j’ai suivi une interprétation personnelle.

Lorsque je débute une oeuvre, j’ai besoin de communiquer avec elle. C’est le regard qui apporte la vie.

Avec le temps, la figure humaine est devenue l’essentiel de ma création.

Martine LEE: Regard d'ange

Comment abordez-vous la construction d’un visage ?

Le modelage d’un visage demande beaucoup d’observation, tout d’abord en s’appuyant sur le sien.

Au toucher, et en fermant les yeux, on comprend que le crâne, qui a une forme d’oeuf, n’est fait que de creux et de bosses. Rien n’est à ajouter, l’ensemble est dans cette ogive.

Quand on commence sans modèle, on a tendance à reproduire le sien. C’est celui que l’on connaît le mieux. Par la suite, c’est en observant le nez, les yeux, la bouche que l’on comprend combien il a de combinaisons différentes et infinies qui donneront l’expression.

Quelles sont vos principales sources d’influence ?

J’ai beaucoup fréquenté les musées, et pris le temps de regarder, de dessiner les sculptures des « Maîtres ». Seule dans mon atelier, j’essayais ensuite de reproduire des attitudes, des expressions, des regards jusqu’à ce que je ressente une émotion si forte qui parfois me dérange.

Quelle est votre principale source d’inspiration ?

Martine LEE: Nicolas

Il m’arrive parfois de m’inspirer d’une photo mais le plus souvent, je travaille dans l’imaginaire en m’appuyant sur des souvenirs, des rencontres ou des voyages, c’est moins contraignant et reste toujours une découverte.

Quel est le point le plus important dans le regard ?

Intrigants, ce sont les yeux et donc le regard qui donne vie. Ils peuvent être creusés, dessinés ou simplement formés. L’essentiel est qu’ils vous parlent. Il faut tout essayer pour trouver et donner vie.

Avec quelle matière travaillez-vous ?

Martine LEE: Esquisse

Je travaille avec une terre chamottée, c’est-à-dire une terre dans laquelle on a ajouté de la chamotte qui est une argile brute cuite à une température de 1300°- 1400° broyée et tamisée.

Le mélange permet d’obtenir une terre structurée qui facilite le modelage et donne à la cuisson un aspect rustique que j’affectionne particulièrement.

Comment procédez-vous ?

Martine LEE: Tête en coupe

En général je commence à monter ma terre en masse, sans ordre en esquissant une forme d’ovale sur un cou et lui cherchant une stature. Le positionnement de la tête est très important, car c’est lui qui va déterminer la direction du regard.

Ensuite je prends mon esquisse comme un vrai visage et positionne les oreilles à la hauteur de la mâchoire, puis je travaille sur le profil, l’essentiel pour trouver les yeux, le nez, les joues et enfin la bouche.

C’est le stade de la découverte, le plus excitant car c’est le moment de la recherche et de la création. Je termine mon visage par les yeux car c’est à ce moment qu’il vit, qu’il me parle et que je ressens sa présence.

Quelles sont vos précautions pour la cuisson ?

Une fois terminé, voici le moment déchirant qui consiste à creuser l’intérieur de la sculpture pour qu’elle n’éclate pas à la cuisson. C’est un passage important et minutieux. Pour cela je passe un fil sous le cou et coupe au milieu du visage derrière les oreilles, je retire la terre au milieu en laissant 1,5 cm autour qui permettent en les griffant et mouillant de recoller les 2 parties ensemble.

Puis je place ma sculpture dans un endroit sec, et je l’oublie pendant quelque temps pour le séchage. Lorsqu’elle change de couleur et durcit, je passe au four avec une cuisson programmée jusqu’à 1100°.

Exposez-vous vos terres cuites ?

Martine LEE