La peinture au couteau avec Kao BOURILLON ...un univers sauvage, des tonalités soutenues

Le couteau, sorte de truelle en acier souple dont les formes sont diverses, permet une peinture qui, par ses reliefs, accroche la lumière et apporte vie au tableau.
Cette peinture au couteau, plus « grossière » que le travail dit classique de la brosse et du pinceau, permet au peintre de développer une écriture personnelle et puissante qui peut parfois être très élaborée ; c'est une technique de suggestion, d'émotions et de ressentis. L'artiste Kao BOURILLON, spécialiste de cette technique, nous explique ses savoir-faire.

INTERVIEW de Kao BOURILLON

Pourquoi cet attrait pour la peinture au couteau ?

La peinture n'est pas uniquement une technique ; c’est avec un acte de peindre ou dessiner, et par lequel on se donne tout entier et sans partage. Pour ma part, peindre est une manière de rentrer en transe, de jouer avec le mouvement, de partager mes émotions.

Le procédé que j'utilise est la technique du couteau car elle correspond au mieux à mon caractère, une technique assez rarement utilisée mais qui fait pourtant des merveilles sur la toile. Il suffit d’étaler de petites ou grandes surfaces de matière sur la toile. Lorsque je peins, j’ai le besoin de sentir la pâte, la couleur, les textures épaisses et surtout j’ai envie de jouer avec le mouvement. Pour ma part, la toile est rarement mûrie et réfléchie. Je me jette sur la toile avec les couleurs dont j'ai envie sur l'instant. Je peins avec spontanéité et gourmandise toutes sortes de thèmes, selon l’inspiration du moment : personnages, paysages et scènes de genre aux couleurs de Provence, natures mortes, peintures animalières...

Quelles sont les possibilités offertes par la peinture au couteau ?

Avec la peinture au couteau, je peux poser la peinture avec la face inférieure du couteau, faire des juxtapositions, des fondus, des glacis. Je peux aussi utiliser la pointe, la tranche et même le manche, réaliser des effets infinis. Peinture de textures, mais aussi peinture gestuelle, la peinture au couteau permet une approche très abstraite du sujet, une simple suggestion des choses, et figuratif également !

La maîtrise de la technique de la peinture au couteau est-elle aisée ?

J'estime cependant qu'il faut avoir une bonne technique de la pratique au pinceau et de la peinture en général avant d'attaquer le couteau. Cela permet en effet de mieux appréhender l'ombre, la lumière, les plissés, le mouvement... Ensuite, je joue avec les aplats et la quantité de pâte que j’étale avec la spatule.

La peinture au couteau m’a permis de développer ma propre écriture, mais il m’a fallu du temps, du travail et de la patience.

Une peinture au couteau, étape par étape

(les photographies ci-dessous sont issues du site les arts pigmentés. Nous les reproduisons avec l'aimable autorisation de leur auteur).

Etape 1

La première étape consiste à déterminer le sujet à traiter. Il peut s'agir d'un paysage, d'une scène de genre, d'une nature morte. Dans cet exemple, il s'agit d'un bouquet de fleurs. Je choisis ensuite le format de la toile en fonction du thème à traiter ; c'est un élément très important.

Sur cette photo, je suis en train de constituer une première ébauche, sans aucune précision ni détail, sur une toile préalablement peinte à l'acrylique pour préparer le support de la toile. Dans cet exemple, il s'agit en effet d'une toile à l'huile.

Si le support n'est pas bien préparé, l'huile n'accrochera pas dans le temps et risque de s'écailler.
En ce qui me concerne, j'utilise toujours un enduit de couleur très fonçé pour obtenir un rendu lumineux.


Etape 2

Pour le côté pratique, surtout pour la peinture en extérieur, je pose le contenu de mes tubes sur des assiettes en plastique. Selon le rendu final que je souhaite, j’y rajoute des médiums, comme l’huile de carthame. Ils me permettent d'avoir de la texture et un empâtement assez épais pour un rendu brillant.

Je commence par peindre le contour de la poterie et la remplis au fur et à mesure. J'y apporte le volume par les couleurs que j'y appose et superpose. Je reste aussi attentive à la direction de la lumière: dans cette exemple, elle vient de gauche.

J'emplis mon couteau et ma spatule de matière que j'étends sur la toile. Pour la technique de la peinture au couteau c'est à chacun de trouver sa propre écriture: seul l'entraînement permet sa bonne maîtrise.

Etape 3

Je reste toujours attentive à l'ombre et à la lumière. Plus l'on démarre foncé, plus le résultat final sera lumineux.

Etape 4

La poterie est pratiquement finie, mais ensuite, j'y reviens pour les finitions et y poser des jais de lumière pour avoir de beaux reflets.

Etape 5

J'entame le fond de toile.

Etape 6

Attaquons l'arrière plan, tout aussi important que le sujet principal, car c'est lui qui mettra en valeur la poterie. Il faut ici bien définir ses couleurs et garder en vue l'ombre et lumière...

Etape 7

Lorsque le fond de toile commence à rendre l'atmosphère souhaitée, cela nous donne une indication pour la construction du bouquet et du choix des couleurs, définies dans l'instantanéité et la spontanéité.
Pour moi, c'est la cerise sur le gâteau, une partie de la finition.
Je débute une mise en forme et une ébauche de la forme des fleurs, tiges et feuilles...
En gardant pour idée: mouvement, et la course folle commence, car le trait se fait de plus en plus rapide, concis, et le geste imprécis, pas de réflexion, et on se laisse aller pour un rendu malgré tout équilibré et vivifiant.

Etape 8

Je travaille sur le socle du bouquet, en y laissant de la place pour les feuilles et fleurs tombées.
Cette partie reste pour la fin pour éviter de se salir les coudes.

Etape 9

Résultat final: laissez sécher au moins une semaine avant de revenir dessus.


" Exaltation et exubérance "

Une exposition de Kao BOURILLON