Réalisation d'une peinture étape par étapepar Bernard VERCRUYCE

Bernard VERCRUYCE, autodidacte, nous propose de suivre la réalisation d'une toile étape par étape.

Composition de la toile

Pour une toile de ce type, il est important de connaître l'emplacement exact de chaque élément de la composition. Bernard VERCRUYCE réalise un dessin préparatoire sur une feuille puis le reporte au crayon sur la toile avant de peindre chaque élément séparément d'une première couche.

Une fois tous les éléments de la composition peints, une seconde couche finalisera l'oeuvre avec l'apport des valeurs, de la lumière. Un troisième passage affinera la peinture avec l'apport de détails.

Peinture du ciel en fond

Les premières couleurs nécessaires à la peinture du fond sont les suivantes : blanc de titane, jaune cadium clair, jaune cadium orangé, bleu céruléum, noir d'ivoire. Cette opération nécessite deux pinceaux : un Léonard N°24 (1580 UB) et un Manet N°14 (6221), tous deux en martre.

Préparation du bleu avec une pointe de noir et de blanc pour obtenir un bleu foncé. Avec le N° 14, le ciel est peint en commençant par le haut par une grande bande de gauche à droite. Bien lisser est essentiel pour obtenir un bleu uniforme. Un peu de blanc est mélangé à la préparation. Une nouvelle bande de ce bleu plus clair vient s'ajouter sous la première, de gauche à droite, et terminée en remontant pour former un dégradé entre les deux bandes. L'opération est répétée jusqu'au milieu de la toile avec un bleu très clair, presque blanc.

Les bandes suivantes sont peintes avec un mélange de blanc et de jaune clair. On ajoute à la dernière du jaune orangé pour finir le dégradé. Une fois l'opération terminée, la toile doit sécher pendant trois jours. Une fois sec, le fond est repris une seconde fois, de la même façon, pour unifier le dégradé.

On ajoute ensuite des nuages pour agrémenter le ciel, en utilisant des pinceaux plats N° 6 en martre. Le bas des nuages est peint en gris, le dessus en blanc. Un premier pinceau sert à étaler la couleur, un second à travailler les formes (à sec). De la "laque Garance Perm" ajoutée au gris des nuages permet de les égayer. Les nuages suivants sont réalisés de la même façon, de plus en plus petits vers l'horizon, en ajoutant du violet garance sur les derniers pour donner de la profondeur.

Plusieurs jours seront une nouvelle fois nécessaires au séchage.

Peinture du décor

C'est l'oiseau qui est peint en premier, avec de la terre de Sienne brûlée et de la terre de Sienne naturel, un peu de noir et un pinceau en martre: Raphaël-8404 N°4.

Puis vient le tour des plantes en premier plan : à gauche, on utilise une brosse plate (Manet-6221 N°6, N°4 Raphaël). Du jaune clair et du vert permanent pour les feuilles. Du rose quinacridone et du rouge cadmium moyen pour les fleurs. Le blanc et le noir donnent des nuances différentes aux feuilles. On utilise des verts plus clairs en premier plan, des plus foncés en arrière plan tout en conservant les mêmes tons.

Les fleurs du côté droit sont peintes de haut en bas, avec les mêmes rouges auquels on ajoute du jaune cadmium en descendant. Du vert très tendre permet de faire la naissance de la fleur.

Il n'est pas recommandé de mélanger du noir à la couleur des fleurs pour les foncer. Pour casser la couleur de façon naturelle, utiliser la couleur complémentaire.

Ensuite, les maisons en arrière-plan. On commence par les toits pour mieux visualiser les bâtiments. On utilise la couleur complémentaire pour créer le lointain. Ce sont toujours les Terre de Sienne déjà utilisées auxquelles on ajoute un peu de vert ou que l'on rosit avec une pointe de rouge. L'important est de peindre des bâtiments de tons différents tout en gardant la même harmonie de couleur et de garder à l'idée qu'il s'agit de l'arrière-plan, les couleurs sont donc moins tranchées et moins vives que le premier plan. La rivière reflète le ciel, on garde donc les mêmes couleurs que celui-ci.

Pour le socle central, on reprend le noir d'ivoire, un blanc de titane et un bleu céruléum. Toujours deux pinceaux : le Manet N°4 en brosse plate et le Raphaël N°3.

On joue avec le blanc, la terre de Sienne naturel et une pointe de noir et/ou de terre de Sienne brûlée pour peindre le sol. Une pointe de rouge de Cadmium permet de finir la partie la plus reculée du premier plan. Du jaune clair et du vert permanent ajoutés au mélange permettent de créer une différence dans la teinte de l'herbe.

Peinture des chats

On termine la toile par les éléments principaux, les chats, ce qui permet de leur doser les valeurs en fonction du décor, de les harmoniser et leur donner de l'importance par la sélection des couleurs.

Le premier chat est gris auquel on ajoute un peu d'ocre jaune. La tête est peinte en premier car c'est l'élément principal du sujet. On accentue un peu plus l'ocre avec une pointe de rouge pour le dessus de la truffe. Ce chat étant tigré, on ne peint dans un premier temps que le sous-poil.

Les deux autres chats prennent leur place. Du bleu espace vient colorer le troisième chat.

Le premier plan paraissant un peu vide, on y fait pousser quelques pensées avec du jaune cadmium clair et du bleu espace.

Deuxième couche : valeurs et corrections

La composition est maintenant terminée, tous les éléments de la toile sont placés. Il est maintenant temps de passer une deuxième couche sur l'ensemble pour y mettre les valeurs, ombres, lumières et supprimer les marques de pinceaux. C'est le moment de faire les rectifications de couleurs éventuelles. On constate par exemple que les fleurs sont trop prononcées au détriment des chats : du vert dans leur rouge les rendront plus discrètes (on casse la couleur).

On peut désormais faire apparaître les rayures du premier chat avec du blanc, un soupçon de noir et une pointe d'ocre jaune pour avoir la bonne teinte.

Pour le reste dela composition, on reprend les mêmes couleurs que celles de la première couche auquelles on apporte des nuances pour harmoniser l'ensemble, renforcer les contrastes et les différences de plan.

Pour nuancer les éléments répétitifs (feuilles, bâtiments), on prépare sur la palette une harmonie de tons qu'on applique directement ou qu'on mélange à sa fantaisie.

Pour le reste dela composition, on reprend les mêmes couleurs que celles de la première couche auquelles on apporte des nuances pour harmoniser l'ensemble, renforcer les contrastes et les différences de plan.

Troisième couche : finalisation des détails

Pour finaliser l'oeuvre, on revient sur chaque élément de la toile et on y ajoute les derniers détails : fenêtres des maisons, lézardes sur les murs, pelage des chats, ...

Il est important de ne pas prendre un pinceau trop fin au risque de le recharger sans arrêt. Les poils doivent être longs et la pointe.

Le chat central, sujet principal, est réservé pour la fin. On donne le sens du poil sur la tête puis on affine les différentes valeurs du pelage avec des gris différents. On termine en revenant sur les ombres et enfin les lumières avec du blanc. Les moustaches sont ajoutées en point final de la toile.


Bernard VERCRUYCE