Danse et Peinture : Grâce et mouvement
par DEPOUILLY

Le mouvement recomposé : Analyse de l'oeuvre selon Valérie Auriel.

LA SOUBRETTE



Dans cette composition savamment orchestrée, Depouilly a démultiplié son modèle pour l'entraîner dans une danse baignée de lumière, gracieuse et légère.

"J’aimerais que l’on imagine le sujet entrant et sortant de la toile, continuant sa pirouette"
précise André Depouilly.

LES TECHNIQUES

Depouilly travaille l’intensité des couleurs dès que le fond est sec. Les couleurs sur le côté gauche se veulent plutôt chaudes, dans un mélange de terres.

1- Par opposition, sur le côté droit, le bleu froid se reflète aux ombres de la robe. Il utilise la couleur blanc de titane, opaque, pour conserver les transparences et la lumière. On remarque bien les coups de brosse du fond à travers le jupon de la petite fille.

2- Les blancs sont accentués par une succession de glacis, les zones sombres par un bleu froid, les zones lumineuses par un peu d’ocre. L’artiste ajoute des retouches de blanc pour mettre en valeur la lumière sur les robes. Sous les jupons se laisse entrevoir l’ombre des jambes. Les personnages sont peints à contre-jour. Les bras, le cou de la petite fille ainsi que les bords de la robe sont baignés par une ligne banche très forte.

3- Les couleurs prédominantes utilisées pour ce tableau sont l’ocre, le bleu et le blanc. Pour rehausser le tableau, l’artiste apporte une couleur vive et rompt ainsi la monotonie.

4- Depouilly ornemente le tablier de la petite fille d’un ruban rouge, qui tourbillonne avec elle. Ce rouge écarlate vient en contraste des bleus du fond et des ombres, apportant un nouveau dynamisme au tableau.

LA COMPOSITION

LA SOUBRETTE

Depouilly aime décomposer le mouvement de ses personnages en attitudes très proches.

5- La zone est ici découpée par une ligne verticale presque centrale. Et sur le côté gauche, la jupe d’abord soulevée retombe sous l’effet de la pirouette.

6- Malgré un mouvement continu, Depouilly conçoit des contrastes subtils, notamment avec la position des pieds , symétrique par rapport à l’axe vertical comme dans un jeu de miroir. L’artiste réalise au préalable des esquisses qu’il recopie sur une planche à dessin.

7- Les mouvements dynamiques en diagonale et zigzag sont de nouveau exprimés dans la composition de l’œuvre comme pour la réalisation du fond.

LE CONTEXTE

« Avec mon épouse, nous avions découvert dans notre grenier un costume de soubrette datant du début du siècle. Je le fais porter par une petite fille d’une dizaine d’années, celle-ci s’est mise à virevolter, faisant tourner son jupon». Depouilly, charmé par la scène, dessine plusieurs croquis. Ces esquisses seront travaillées, pour devenir des tableaux raffinés comportant deux ou trois personnages.

LA PLACE DE LA DANSE DANS L'OEUVRE DE DEPOUILLY

Assurément centrale, car symptomatique de sa manière de concevoir son travail. Depouilly accorde une place prépondérante au corps humain dans son choix de motifs. Il aime peindre et décomposer sur la toile des attitudes qui évoquent le mouvement, avec tout ce que cela implique de technique et de rendu : le travail sur l'anatomie, sur les drapés, sur l'intention des corps, la force suggestive des personnages. La lumière est alors souvent sollicitée pour mettre en valeur les textures des étoffes : elle glisse sur les vêtements des personnages et en suggère la matière. Les velours se plissent, le corps est habillé de tissus et de lumière. Ses danseuses sont d'un rare réalisme technique.

Loin des copies de Degas, qu'il nous confie avoir réalisées comme travaux de commande il y a longtemps, les ballerines d'André Depouilly sont représentées sans concession esthétisante (et en ce qui concerne Degas, propres aux canons féminins de son époque), dans leur vérité technique et anatomique. Ce qui dénote un évident souci de vraisemblance en même temps qu'une excellente maîtrise du trait. L'artiste nous confie avoir été travailler ses cartons dans des salles de danses, et procéder sur le motif. Parfois, un polaroïd servait d'auxiliaire à la mémoire. L'œuvre de Depouilly est diverse et abondante, mais elle se définit en quelques mots : lumière, précision, mouvement, conviction. Extrait article de Julia Turner pour le magazine Dessins et Peintures

PARCOURS

DEPOUILLY RAYON DE LUMIÈRE | Huile sur toile | 65 x 81 cm

Né à Paris le 4 juin 1929, André DEPOUILLY étudia à l'Ecole supérieure des Arts Décoratifs de Paris, atelier Paul Colin. Ayant toujours mené de front sa carrière d'illustrateur indépendant et d'artiste peintre depuis 1967, il fut ordonné Chevalier des Arts et des Lettres en 1989, et, en 1997, Officier des Arts et des Lettres. Il expose beaucoup aux États-Unis. A Paris, il expose à la galerie Caplain-Matignon et à l’Art Club Gallery ainsi qu’à la galerie Rocland Charton à Avignon (84).



DEPOUILLY