Les Dampélites - le Dampélisme : Un reportage sur les créations de Jacques Renaud-Dampel

Jacques Renaud-Dampel  - La Peur

Naissance d'un courant artistique ?

Dès l’exposition de mes œuvres à la Halle St Pierre en septembre 1997, la revue Connaissance des Arts m’a appelé l’inventeur des Dampélites, et Télérama ou autres organes de presse ont nommé le Dampélisme ma technique. C’était un nouveau mode plastique, qui renouvelait la statuaire figurative polychrome.

Entrée aux musées

Jacques Renaud-Dampel : Les Inquiets

Pratiquement tous les musées français d’art singulier m’avaient déjà accueilli et c’est dans le cadre de l’Art brut au sens large que je suis vendu par les Enchères Tajan à Paris.

Chez moi, la statue et sa peinture ne sont rien l’un sans l’autre. Je ramasse dans la nature les cailloux les plus baroques possible. De 10 à 50 cm. Je ne leur ajoute ni retranche rien. Je les observe longuement, étudie leur grain et intensément leur morphologie, mouvements divers, rapports des dimensions, jusqu’à presque me confondre avec le minéral. Puis je les transforme en statuettes figuratives (personnages, animaux) rien qu’en les peignant et en interprétant scrupuleusement les modalités de leur forme. Le Dampélisme est une méditation à l’extrême-orientale par l’observation et par une recherche imaginative qui touche à la voyance. Je rejette les cailloux qui d’emblée ressemblent à quelque chose. Il ne resterait qu’à les décorer! Dans ma manière, l’originalité et la force émotive proviennent du refus de la pierre à figurer ce qu’à la rigueur elle peut suggérer, si on s’y emploie comme il faut. Le témoignage de la personnalité de l’artiste se développe et se révèle dans le temps de la découverte du thème et ensuite dans le travail de son rendu. L’impossibilité de celui-ci remet souvent en question le thème. Les hypothèses successives augmentent la connaissance du caillou.

Vingt années de recherche

Jacques Renaud-Dampel au travail

J’ai commencé activement cette recherche en continu dès ma retraite en 1990 et je viens de terminer mon 663 ième Dampélite. En vingt ans, c’est dire la difficulté, la ténacité, les corrections et les recommencements. Mon style, à la fois faussement naïf, frais et (selon Bernard Heitz dans Télérama) d’ « humour tourmenté», est né de mes dessins new-yorkais à l’encre, des années 1950, croquis humoristiques du mouvement humain, visant une harmonieuse et maximale stylisation. L’appliquer sur caillou a peu à peu étoffé mon trait. Je m’efforce à présent au contraire à laisser non recouverte quelque partie de la surface originelle.J’ai opté pour la peinture acrylique, plus maniable que la Glycéro de mes tout débuts. J’ai de plus en plus emprunté aux habituels moyens picturaux, des grattages, des points, des traits, du flou, des superpositions de couches colorées (qui donnent de la matière et du glacis), des cernes, des modelés etc. L’interprétation du support mouvementé en rond de bosse m’amène à des raccourcis, à des élisions, des distorsions, à des perspectives spéciales, du concave faisant convexe et inversement.Le caillou me confère un expressionisme spécifique, et des trouvailles auxquelles nul n’accèderait sans lui, il me semble.

Jacques Renaud-Dampel : Dampélite n°367

De son observation, du canevas inégal ou capricieux voire extravagant à interpréter naît une sève baroque particulière et un humour distinctif.Toutes ces qualités, je les attribue aux impératifs de la pierre mais elles sont bien sûr auss i dans mon goût, lequel m’a porté vers le minéral sauvage. « Vos savoureuses pierres dampélisées », m’a écrit Jean Leymarie, ex-Conservateur du Musée Beaubourg et ex-Directeur de la Villa Médicis. Michel Thévoz les a estimées « vives et originales », ce sont les accidents du support pierreux autant que mon travail qu’il caractérisait.

Ne pas confondre le Dampélisme avec la peinture sur galet, lequel revient à un fond inerte . Si quelque autre que moi utilisait ma technique, hors de mon influence, je serais curieux de pouvoir distinguer alors ce qui appartient obligatoirement aux exigences des cailloux, et la part à imputer à ma vision propre et à ma personnalité. J. R-D

A propos de "La Pause", Dampélite n° 367

Jacques Renaud-Dampel : Dampélite n°367

Créé à partir d’un caillou en forme d’une sorte de grossière pyramide, ce Dampélite n°367 est particulièrement démonstratif des originalités de la manière dampéliste. La jambe repliée contre la fesse et occupant un coin, ne relève ni de la sculpture ni de la peinture, elle est constituée de leur mélange. Sa figuration est un trompe-l’œil. De même, la hotte semble un relief, mais en fait est peinte sur le dos vouté du personnage. Le tronc de celui-ci n’est qu’une vue sur le fond vide de la pierre. Indiqué par un simple ruba n d’où jaillissent les membres. La deuxième jambe est un autre ruban venant constituer la base en tournant sur trois faces avec une audace, un humour, un expressionisme que seul un caillou laissé brut peut probablement inspirer. (Dampélite n°367 - h 25 cm x l 30 cm - année 2000)

A propos de "Assise sur un tigre", Dampélite n° 378

Jacques Renaud-Dampel : assise sur un tigre

Dans cette deuxième version, la robe a été élargie au dos, aux fesses et aux cuisses. La femme est ainsi mieux assise et le dos du tigre ne remonte plus. D’où les bras ont du être prolongés vers le haut. Je les ai cernés en partie pour davantage de relief et modulés de taches noires pour plus de présence. L’épaisseur du bras gauche a été diminuée et cintrée. La robe a été cernée en bas et sur le devant de la taille. Je lui ai ajouté un feston blanc, ensuite recouvert en partie de rouge (le blanc laissé donnant du relief et témoignant d’aisance). Ce rouge est assorti aux souliers et aux bras. Le feston souligne le caractère de coquetterie villageoise de la femme. Deux lacets ont été peints sur les chaussures. J’ai recouvert presque complètement en gris, sauf un liseré sur le bord, les pattes du tigre. Pour leur donner plus d’épaisseur et de force. Du coup j’ai peint en vert les mains de la femme. Et enfin l’ai repeint son bonnet en rouge.


Jacques RENAUD-DAMPEL