Equilibre de la construction par Jean Paul Privet : l'axe vertical et horizontal dans la peinture

La nuit annoncée


Chaque transformation porte en elle-même la trace de l’état précédent. C’est l’art de la nuance, de la transition…Lorsque l’aube contient les vestiges de la nuit, lorsque la lumière du jour imprègne encore les éléments alors que le soleil disparaît… Dans les toiles de Jean-Paul Privet, un arbre pousse dans une vaste salle, le désert ou le jardin arrivent jusqu’au seuil de la maison…La frontière entre les intérieurs et les paysages est ténue, et parfois seul un paravent les sépare…

Source d'inspiration et techniques:

Elle s'ouvre à la lumière
La préparation au soir

Jean-Paul Privet, peintre autodidacte, se passionne très tôt pour les « leçons de choses », puis ensuite pour la biologie, où il faut dessiner les fleurs, les ailes d’insectes, les nervures des feuilles que l’automne laisse dans le jardin…par le ciel aussi, le mouvement des astres…

Plus tard vient aussi le goût des vieilles pierres, des monastères et des lieux de silence… Dans un de ses premiers tableaux, « la question fondamentale », un petit garçon habillé d’or, seul dans une forêt d’automne à l’heure du soir, se trouve au bord d’une flaque d’eau noire et en scrute le contenu…et dans cette eau noire se reflètent les étoiles, comme une annonce à la nuit, bout de ciel tombé sur la terre…

Les paysages de Jean Paul Privet sont faits de racines, de fleurs qui s'entrouvent à la lumière du soleil, comme une terre qui craquelle sous la pression de la vie (voir le tableau de gauche "Elle souvre à la lumière").

Mais qu'il s'agisse des « scènes d’intérieur » ou des « paysages », on retrouve deux axes principaux dans la peinture de Jean-Paul Privet : l'axe horizontal et l'axe vertical

Jean Paul Privet, ne fait pas d'esquisse préalable. C’est la matière « bouillonnante »  et imprécise du fond qui, lentement, s’élabore en formes…Ces formes, il ne les applique pas d’emblée, mais les laisse se constituer.

L'artiste peint surtout à l’huile, dont  il aime la profondeur et le mystère, et utilise aussi le pastel (gras et sec), surtout pour le thème des « paysages et des saisons »… Il aime aussi le dessin à la mine de plomb, ce qui lui permet de donner une précision presque scientifique aux choses dessinées.

Dans les peintres qui l’ont toujours inspiré,  l'artiste aime à citer Fra Angelico, Jérôme Bosch, Odilon Redon, Caspar David Friedrich…Plus près de nous, Leonor Fini, Bang Hai Ja…et bien sûr, tous les peintres du mouvement visionnaire…

L'axe vertical

L'axe vertical fait directement référence au thème du "ciel et de la terre" , du " haut et du bas", de "l'homme à Dieu". L'artiste ne cherche pas à exprimer certaines thématiques, elles émergent d'elles-mêmes. Ainsi en est-il de l'axe vertical que l'on retrouve dans nombre de ses tableaux.

Dans la partie inférieure du tableau apparaît souvent une table, voire un autel. Une coupe ou un ciboire sont posés, évoquant un rituel, une cérémonie religieuse…Le thème du "ciel et de la terre" évoque dès lors le lien qui unit l’âme humaine à Dieu : en effet, les prières s'envolent de l’âme pour monter vers le Haut, vers Dieu.

Dans la partie supérieure de la toile, il y a souvent comme un nuage, un ciel parfois menaçant, ou bien une pluie de pétales en suspension dans l’air…

Ceci s’inscrit dans des intérieurs massifs et solitaires, d’où il est possible de voir jusqu’au lointain. A l’horizon, les lignes montagneuses signent une frontière. Nous sommes dans un endroit caché et secret, un désert ou une inaccessible vallée. Temple ou refuge, la solitude de ces lieux évoque la hauteur, la distance prise avec les choses communes… symbolisant le recueillement de l’homme qui prie, qui se découvre, qui contemple en lui-même la grandeur de Dieu, la grandeur du monde qui l'entoure et le dépasse.

L'axe horizontal

Une autre caractéristique importante de la peinture de Jean-Paul Privet est la représentation en diptyque, triptyque, voire polyptyque… « J’ai fait de nombreux tableaux, sous forme de séquences, sur le thème des heures du jour, des saisons, où la matière se transforme, germe, arrive à un paroxysme avant de revenir à une substance indifférenciée. »

De même, quand il peint ses intérieurs, l'artiste le fait souvent sous la forme de diptyque ou de triptyque. En général, il n'a pas de vision définie de ce qu'il veut représenter: c’est souvent plusieurs tableaux parfois différents qu'il regroupe et auxquels il trouve des liens, des ponts…

Comme des éléments séparés qui, mis côte à côte, parlent d’une histoire plus vaste, des choses qui naissent et meurent sur la ligne du temps qui passe…


Découvrez la peinture de Jean-Paul Privet