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La Céramique

Découverte avec l'artiste Martine MENARD
 

Les 3 coupes, faience émaillée

La céramique est sans doute à la base des premières créations humaines avec le tissage. Elle est née de l'union fortuite de quatre éléments : la terre, l'eau, l'air et le feu.
Les tessons de céramique retrouvés les plus anciens datent de 24.000 à 26.000 ans avant J.C. ; mais certains spécialistes pensent que le travail de la terre cuite a commencé avec la découverte du feu il y a plus de 400 .000 ans (Céramique vient du grec "keramos" qui veut dire "terre à potier").

Le terme général céramique regroupe différentes appellations : la porcelaine, la faïence, le grès... obtenus selon la composition des argiles et les températures de cuisson :


PORCELAINE :
Le nom vient de l’italien "porcellana" (coquille).
Poterie blanche à pâte fine vitrifiée, homogène et translucide ; cuite entre 1.250°C et 1.460°C ; il s’agit d’une pâte fermée, « biscuit » sans émail ou généralement recouverte d’une glaçure transparente ou incolore. La pâte de porcelaine se compose de kaolin, de quartz, de feldspath et de craie, elle peut être transparente ou opaque. La porcelaine a été découverte 4.000 ans avant J.C.

FAÏENCE :
Le nom vient de la ville de Faenza en Italie.
c'est au IXe siècle en Mésopotamie que les potiers musulmans ont mis au point la formule définitive de la faïence.
La pâte de faïence est composée d’argile, de craie, de feldspath, de dolomie et de silice. La faïence est cuite aux environs de 1.000°C et l’émail aux environs de 950°C 980°C. La pâte reste poreuse et ouverte. La pâte peut être blanche ou colorée.


GRES :
L'histoire des grès commence en Chine à l'époque des Shang au XVII e-XIe siècle av. J.C..
La pâte de grès est composée de silice, d’alumine, d’oxyde de fer, de chaux, de manganèse et d’alcalin. Il s’agit d’une pâte fermée. La pâte peut être blanche ou colorée. Suivant leur composition les grès cuisent entre 1.150°C et 1.350°C.

La céramique a été beaucoup utilisée en architecture à toutes les époques et dans tous les pays.
Il y a la céramique d'Art, la céramique de décor et d'architecture et la céramique utilitaire (plats, assiettes...) qui nous accompagne au quotidien... Ces techniques héritées du passé restent souvent méconnues malgré leur présence à toutes les époques et dans toutes les civilisations.

L'artiste Martine MENARD perpétue ce savoir-faire. Elle nous explique les étapes de son travail.


LE CHOIX DE LA TERRE


Argile, estèque et petits outils de buis pour retoupL’important pour un céramiste est de trouver les terres qui lui conviennent et surtout qui conviennent au type de pièces qu’il veut réaliser.
Dans chaque qualité d'argile il y a une variété illimitée de compositions suivant les pays et les gisements. Les différences viennent d’abord de la carrière d’où elle est extraite et ensuite des différentes composantes qui la rendront plus ou moins alcaline, ferrugineuse, calcaire ou siliceuse.
Vous avez les qualités dites lisses et les qualités chamottées avec des chamottes plus ou moins grosses.
Chaque céramiste doit trouver la ou les terres qui correspondent à sa façon de travailler, tour, modelage, coulage, moulage petites, moyennes ou grandes pièces, utilitaire ou sculptures.

"J’habite Paris et mon atelier est situé dans le Marais, je n’ai donc pas la possibilité de faire ma propre terre, j'achète l'argile par paquet de 10 ou 12 Kilos, paquet cylindrique ou rectangulaire enveloppé sous vide dans des sachets de plastique afin qu’elle garde toute sa plasticité. Impossible de tourner ou de modeler une terre qui a séché il faut la réhumidifier. Si vous habitez à la campagne vous pouvez trouver et composer votre propre terre...
Lorsque j’écris ces lignes je pense à mes amis qui ont des jardins de fleurs ou des potagers et qui modifient leur terre en fonction de telle ou telle culture, des plantes qui ne poussent que dans des terres grasses ou d’autres dans des terres sablonneuses ou calcaires."


LES TECHNIQUES DE FACONNAGE


Séchage des pièces à l'atelierLa création artistique s'effectue toujours à la main à partir des pains de terre, soit au tour, par modelage, par coulage, au colombin ou à la plaque. Les productions industrielles sont le plus souvent réalisées par moulage ou coulage.
Le "NERIAGE" est une technique qui consiste à mélanger deux terres de couleurs différentes et d’obtenir ainsi des dessins.
Une fois la pièce réalisée, il faut la laisser sécher afin que l'eau commence à s'évaporer, ce qui entraine un retrait, elle ne s'évaporera complètement qu'après la première cuisson : le biscuit ou le dégourdi ce qui entraine un autre retrait.


LES TECHNIQUES DE CUISSON

L'énergie utilisée pour la cuisson au four peut-être le bois, le gaz ou l'électricité. Il y a des fours primitifs, japonais, chinois, de Sèvres, des fours papier, etc..... réalisés en terre, en briques réfractaires ou en fibres avec une cheminée pour l'évacuation des gaz.

"Personnellement habitant Paris j'utilise un four électrique avec un programmateur de température".


La cuisson s'effectue le plus souvent en deux étapes :
- une première cuisson à une température de 850 à 1.000°C pendant environ 8 heures pour obtenir le "biscuit" (dans le cas de la faïence) ou un "dégourdi" (pour le grès et la porcelaine),
- une seconde cuisson pour fixer le décor. Les pièces peuvent être décorées au pinceau à l'aide d'oxydes de différentes couleurs. Une fois décorée et émaillée, la pièce subit une nouvelle cuisson à 960°C durant 5 heures environ pour la faïence. Les pièces de grès ou de porcelaine émaillées sont cuites entre 1.250 et 1.400°C. Les températures de cuisson vont de 850°C à 1.350°C (et plus) selon la nature de la terre utilisée.

Empreinte végétale biscuit de porcelaine

Vase faience émail métallisé
On distingue la faïence cuite à basse température (jusqu'à 1.100°C) du grès cuit à haute température (jusqu'à 1.300°C) ou la porcelaine (jusqu'à 1.400°C). La faïence reste poreuse après cuisson, c'est-à-dire qu'elle peut absorber de l'eau et est sensible au gel contrairement au grès qui, comme la porcelaine, est totalement vitrifié. Si la terre contient beaucoup d'oxydes métalliques, de sels alcalins ou acides, la température doit être faible, sinon, la température peut être augmentée sans risque de fusion.


La cuisson peut être en oxydation ou en réduction ce qui modifie la couleur des émaux.

Le mode de cuisson "RAKU" est une cuisson rapide. Le mot RAKU signifie "plaisir du loisir". C’est le nom d’une poterie destinée, à l’origine, à la Cérémonie du Thé au Japon au XVI siècle. Le rituel de cette cérémonie est étroitement lié à la philosophie Zen et met en valeur la simplicité, la douceur, le naturel, l’inattendu. Le nom de cette dynastie se perpétue de nos jours et porte avec honneur le titre de Trésor national Vivant. Les pièces émaillées et préalablement biscuitées sont enfournées et lorsque la température atteint 900°C ou 1.000°C en une heure environ, les pièces sont retirées avec des pinces et sont plongées dans des bacs de sciures, de feuilles ou de papiers qui s’enflamment, le choc thermique provoquent des tressaillements et les différences de dilatation entre tesson et émail, et l’on dit que l’on dessine avec la fumée qui s’est infiltrée dans les craquelures.


LE DECOR ET L'EMAILLAGE

Vase deux feuilles vert céladon

Le décor final peut être réalisé au pinceau, par versage, trempage, ou pulvérisation avec des émaux ou des engobes, par gravure, peignage, polissage, sérigraphie...

L'émail est la matière vitrifiante recouvrant les céramiques. Cette couverture est composée de verre, d'oxydes et de pigments : oxyde de fer, cuivre, manganèse, cobalt, nickel etc... qui se révèlent à une certaine température.
Emaux basse température pour les faïences, cuisson entre 900 et 1.000°C.
Emaux haute température pour les grès et les porcelaines cuisson de 1.250 à 1.400°C.

Les émaux peuvent être mats, brillants ou satinés, transparents ou opaques. L'émail se présente sous forme de poudre qui est diluée dans l'eau, lors de la pose de l'émail sur le biscuit qui est poreux, l'eau est absorbée par le biscuit et les oxydes restent à la surface de la pièce, mais la couleur est aussi fragile que les ailes d'un papillon tant que l'émail n'est pas cuit.
La couleur de l'émail cru ne correspond pas à la couleur de l'émail après cuisson. La couleur définitive d'une pièce de céramique dépend de la qualité de l'argile et de son épaisseur, du volume de la pièce réalisée, de la dilution et de l'épaisseur de l'émail et bien sûr de la source de lumière qui éclaire la céramique. Autant de variables...

L'alchimie de l'ultime cuisson contribue à la magie créatrice.

"J'ai l'habitude de penser en matières, volumes et couleurs.
Il me semble important de dire que le résultat de la céramique est une fusion entre le spirituel, la technique et de la culture du céramiste.
Harmonie entre le corps et l'esprit... La céramique c'est un souffle, c'est la vie.
Je me concentre avant de commencer à travailler, je visualise ce que je vais projeter sinon les objets sont sans esprit, sans âme, sans vie.
A travers mes céramiques je transmets et je partage ce que mon imagination a créé, une pensée, un moment de ma vie..."

"Il faut aussi savoir écouter la terre. C'est une longue négociation entre ce que je veux faire et ce qu'elle accepte, ce qu'elle me suggère."

Martine Ménard, Céramiste