Kabuki

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KABUKI L'HUMOUR pour PHILOSOPHIE

" De l'âne à l'albatros "


INTERVIEW du peintre KABUKI, alias KATIA
par François Foltzer.


Nous nous étions donnés rendez-vous dans un de ces petits cafés dont l'haleine chaude, un peu vineuse, rassurera toujours les artistes tombés du ciel et les expatriés en mal de foyer. Dehors, il faisait déjà presque froid malgré un pâle soleil qui luttait sans doute pour nous plaire, quoique sans grande conviction, en ses jours comptés où l'automne est déjà bien installé.

Salima m'accompagnait, c'est elle qui prendrait les notes. Ponctuelle, la silhouette un peu bonhomme du peintre, éclipsa un instant la froide lumière dont nous nous réchauffions. Monsieur KABUKI, lui demandais-je ? Sans répondre, il s'enquit de savoir si l'on avait trouvé une place où garer, comme en des temps plus difficiles, on s'assurait de savoir si l'autre avait mangé. Salima, lui donna son plus beau sourire. Sans demander, l'artiste vêtu de noir, tira une chaise de bois dont le bruit sonore rappelle toujours avec un peu d'agacement qu'on est ici, dans un bistrot. Furtivement il chercha du regard où mettre son chapeau et sans avoir trouvé, tant la terrasse vitrée était étroite, il se résolu à le faire disparaître entre la petite table ronde et ses genoux. Je vis par là, que l'homme était humble. Presque trop, en rapport au souvenir que nous avait laissé la visite de son expo. Nous devisâmes de choses et d'autres, avant que le quinca au chef couronné d'argent ne se sente suffisamment rassuré pour parler vraiment. Plus tard, ma stagiaire me dira combien elle avait été impressionnée par la mâle douceur et la délicatesse un peu surannée de l'artiste. Je l'ai trouvé sympathique moi aussi, mais c'est la teneur de son propos, je dois le dire, qui m'aura le plus bouleversée. J'ai gardé en mémoire de cette conversation quelque chose que je qualifierais d'étrange, hors du temps et quoique je ne me souvinsse pas de tous ses mots, je dirais que c'était important, bien que je ne sache plus dire pourquoi. Mais j'en viens à ma présentation, puisque c'est ici ce qui m'est demandé. Voici donc le résumé de l'entrevue:



C'est le handicap d'une lourde dyslexie qui l'amena à n'envisager que la carrière artistique pour exprimer son message. " Les anges doivent couper leurs ailes, dit-il, pour marcher au fond de la mer ". On s'attendait à voir un de ces artistes échevelés qui encombrent le pavé des boulevards de l'art, c'est un homme posé, à l'intelligence bienveillante qu'on rencontre. Qui êtes-vous KABUKI ? " Un albatros, un oiseau tombé du ciel ", me dit-il malicieusement dans un demi sourire.

Et l'on est tenté d'admettre cette étrange assertion quand on découvre la profondeur exceptionnelle de son art. KABUKI, comment n'êtes-vous pas plus connu ? " Mon art est connu par ceux qui ont des oreilles pour entendre ce que leurs yeux leur montrent, et il l'est peu, en raison des majorités panurgistes et des collectionneurs, affairistes. Ce qui est convenu d'appeler la " grande peinture " est depuis longtemps la couverture des placements frileux. "

" C'est ainsi que le nom de l'acquéreur fait rétroactivement celui de l'auteur, depuis que l'énoncé de son chiffre fait la valeur de l'œuvre. On célèbre les génies d'antan, mais c'est aujourd'hui que les talents s'étiolent faute de médiatisation. Car le marché de l'art (notez le mot s'agissant de l'art) est tenu par une poignée d'investisseurs et de fonds de pensions qui font et défont les signatures au gré des revers de fortune."

Dois-je y déceler de l'amertume ?

" Vous n'y êtes pas ! Si je vous ai dit les choses telles qu'elles sont, c'est bien pour les éluder. N'y revenons donc pas. Vous n'avez pas affaire ici à un de ces Don Quichotte qui croit repeindre la noirceur du monde des couleurs de deux ou trois belles phrases, comme si on l'eut attendu pour s'en apercevoir. Si vos lecteurs ont des yeux pour voir, ils le savent. À quoi bon perdre son temps à défoncer des portes ouvertes ? Je ne suis pas de ce monde. Je ne mange donc pas des croûtes du pain-trempé de cette vilaine mare aux canards."

Votre peinture est à message, n'est-ce pas ? (Dis-je pour relancer la conversation.)

" L'Art ne peut être que sacré. Si une œuvre ne vous attire pas dans les hauteurs numineuses jusqu'à vous dépasser vous-même, c'est que vous êtes face à une décoration. Quant au message, ceux qui ont l'Esprit, le saisissent. Vous vous appelez François, et bien si Saint François, dit-on, parlait aux oiseaux, je n'ai pas pour tâche quant à moi, d'instruire les animaux. "

Euh, oui, bon... (Je changeai de sujet.)
Votre technique m'a-t-on dit, est à mi chemin entre un travail sur station graphique et une peinture traditionnelle. " Oui, il y a aussi des handicapés qui peignent avec leur pied, et d'autres, avec la queue d'un âne... "

Euh, oui, bien sûr... (Je ne saurais dire si Salima souriait en raison de ce que nous venions d'entendre, ou en rapport à la gène que j'éprouvais. ) Mais si vous vouliez nous en dire plus, relançais-je.

" Si cela peut vous aider ! Car je vous signale que lorsqu'on est assis à une Grande Table, on ne fait pas d'abord le tour des cuisines. Voulez-vous vraiment parler casseroles ? Asseyez-vous, et régalez-vous, plutôt ! Nourrissez-vous, absorbez la beauté. Le Beau, n'est-il pas l'expression du Vrai ? "

Si, si certainement... ( J'eus un instant la perspective d'un de ces papiers laborieux, comme je les redoute, car comment mener une interview face à une telle fin de non recevoir ? Je pris donc le parti d'attaquer la citadelle par le Sud, pour tenter ailleurs, une brèche.)

Vous parlez d'authenticité, d'où retirez-vous votre inspiration ? " De l'inspiration, pardi ! ". Bien sûr, mais voudriez-vous préciser ? " Dois-je vous rappeler qu'inspiré, signifie " porté par l'Esprit "? Je suis un enthousiaste ( ce qui signifie d'ailleurs la même chose, s'il vous reste quelques notions de grec ). Je ne peins pas pour moi, comme tous ceux qui éprouvent le besoin de se projeter dans la matière pour s'y trouver. ici, dans le monde, le spectacle est permanent, les uns arrivent, les autres partent. Mais à la fin du film, c'est l'apothéose (au sens grec, là aussi). C'est aux égarés que je suis envoyé, tous ceux qui ne trouvent pas place dans ce grand " Carnaval des Animaux ".

Ah, je vois que vous faites référence à la musique, mais que voulez-vous dire par " Carnaval des Animaux " ? " Les animaux ont une âme, c'est bien ce que signifie leur nom, n'est-ce pas ? Mais l'homme d'esprit, sait qu'il n'est pas qu'une âme ". Celui qui est inspiré, sait qu'il est esprit, puisque c'est de l'Esprit qu'il retire l'inspiration. Celui-là, justement, ne prendra plus part au bête Carnaval des Animaux."

Oh, je saisis, vous êtes un mystique !

Oui, un mystique et tac, même ! (Et vous avez de l'humour à ce que je vois, lui dis-je trop vite rassuré par l'évidence qu'il jouait avec moi.) " De l'humour, peut-être, mais de l'Esprit certainement ! C'est ce que je viens de vous dire, d'ailleurs. L'Esprit n'est pas triste, car il est tout d'Amour ! C'est l'animal qui n'a pas d'esprit, et c'est bien pour cela qu'il n'a pas d'humour. Voyez-vous où je vous amène ? "

Euh, je ne vous suis pas bien... (Salima, par cette intuition qu'on dit toute féminine, comprit vite que je prenais une leçon de savoir-vivre.) " C'est que vous confondez l'âme et l'esprit " poursuivit mon maître. " Les animaux sont des âmes, mais ils n'ont pas d'esprit. C'est là pourquoi les hommes qui n'ont pas d'esprit, sont bêtes. J'aime bien les bêtes, renchérit-il, mais à quoi bon perdre son temps en peignant pour les bêtes, si les bêtes n'ont pas d'esprit ? Ainsi, des hommes : il y en a des bêtes, c'est là, qu'on voit qu'ils sont animaux."

Euh, oui, je vais y songer...
Mais alors, à qui s'adresse votre message ? " Aux hommes, pardi ! À tous ceux dont l'esprit chevauche leur âne. (À ce moment, juste derrière nous, le percolateur eut la bonne idée de lâcher un trait sifflant de vapeur comme si le train de la vie eut prit notre estaminet pour une gare) Je lui demandais : " Leur âne ou leur âme "? " Âne ou âme, c'est égal, répondit-il, sûr de lui, puisque l'âne est un animal. Si l'esprit ne chevauche pas son âne, c'est l'âme qui chevauche son cavalier. Voyez-vous pourquoi certains parmi nous sont si bêtes ? "

Euh, là, j'ai peur de ne pas bien vous suivre...
Et d'enchaîner comme s'il s'était attendu à ma réponse. " Si l'homme ne sait pas qu'il est esprit, c'est son âme qui le dirige. C'est donc bien là, comme vous le voyez, un âne chevauchant un cavalier. C'est pourquoi le cavalier qui porte son âne, est assurément bien bête."

(Salima qui avait renoncé à suivre depuis longtemps, riait sous cape. Elle me dira plus tard, que je lui donnais alors, l'image d'un petit baigneur, dans une grande pataugeoire. Sympa l'assistante !) Oui, j'en conviens, hasardais-je, mais que voulez-vous dire par là ?

" Que celui qui se nourrit du même foin que tous les animaux, montre par là, quel animal il est. Mais si l'esprit de l'homme perçoit la grandeur de l'art, c'est que cet homme est habité par l'Esprit. Et pourquoi direz-vous ? Parce que ma peinture qui vient par l'inspiration ne parle qu'à l'esprit. C'est pourquoi à l'homme d'esprit, ce sont les oreilles qui font entendre les beautés que lui montrent les yeux. "

" Vous entourez-vous du rouge coquelicot à l'insignifiante délicatesse, ou du clown triste qui décore habituellement les toilettes ? D'une desséchante abstraction à la géométrie trop rassurante, ou de la peinture minimaliste d'un fumiste qui se moque ? De quel émotion artistique vous nourrissez-vous ? "

" D'une esthétique à la banalité consensuelle? Ne savez-vous pas qu'une toile est un miroir posé sur un mur ? Avez-vous besoin d'une critique pour savoir ce que vous devrez ressentir ? Ou, achetez-vous une pièce pour vous attribuer son mérite et faire l'admiration de vos proches ? Avez-vous besoin du regard des autres, pour savoir qui vous êtes ? Ou bien est-ce pour vous élever dans les hauteurs de votre esprit en devenir ? Si vous ne saisissez pas que la peinture est un regard sur l'Esprit, c'est que vous êtes encore au stade décoratif et que votre sensibilité suiviste n'est pas prête à s'envoler dans les hauteurs de la contemplation."

" Mais si vous entendiez chanter une de mes toiles, c'est que vous êtes entré(e) dans sa résonance. C'est une rencontre. Non pas avec le peintre, qui n'est qu'un messager, ce que sera toujours un ange, mais avec vous-même et votre propre esprit. Car ici, justement c'est lui qui parle. C'est pourquoi depuis la photographie, la figuration n'est que la célébration technique du talent. Mais l'abstraction, pour peu qu'elle soit nourrit pas l'Esprit, ouvre une fenêtre sur l'esprit. Le vôtre. C'est ici, le pouvoir surhumain de la maïeutique picturale."

Euh, vous croyez... (dis-je, pour ne pas le laisser pérorer seul.)

"Je le sais, plutôt. Poursuit-il tout à son "trip". Je l'expose, je le montre aux regards désabusés, gavés même, par le non-art qui sévit partout pour chatouiller les méninges. Considérez plutôt cela : que vous êtes l'esprit qu'on se fait prendre pour son âme, et vous verrez que vous n'êtes pas qu'animal. Car l'animal, jamais ne connaîtra d'émotion artistique, non plus que ce genre d'animal comme canard sans tête, qui coure, sans but, parmi les figurants grouillants au grand théâtre de la vie. Et celui-là, ne feint-il pas d'avoir de l'esprit ? "

Ah, vous croyez...

" Oui, c'est pourquoi les artistes qui sont des albatros, sont aussi des anges aux ailes coupées. [...]

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