Biographie de l'Artiste

LES ENFANTS DE VINCENT VAN GOGH
 
"Des musiciens peuvent se revendiquer de Muddy Waters ou de Chopin, mais quand on a des prétentions de peintre, il faut presque toujours ou faire du pastiche exprès, ou se chercher original et être soi-même".
Il y a cent cinquante ans, naissait l'un des plus grands peintres de tous les temps. Le plus galvaudé, aussi. Celui qui allait inaugurer l'Art Nouveau, le temps des artistes maudits et dont le nom n'entrerait finalement dans les modestes foyers auxquels était destinée sa peinture, que sous la forme de posters, de boites de crayons et d'autres produits dérivés.
A dix-neuf ans, dans l'agence de la banlieue bruxelloise (Belgique) où Philippe Drumel travaillait, juste le temps de se faire les sous qu'il faut pour retrouver comme chaque été le mythique midi de ses premières expositions, tout était hymne à la laideur et aux gris crachins de l'âme. Tout, à l'exception du calendrier de cette mi-juillet 1972, accroché dans le bureau du chef, qui arborait, avec le compte à rebours des derniers jours de calvaire, quatorze tournesols dans un vase, de Vincent Van Gogh.
Quoi de transcendant dans le sort de cette nature, morte, sublimée, renvoyée à l'état de décor vulgaire, anodin, crucifiée d'une punaise indifférente entre deux pin-up aux seins gonflés sur le mur sale, sinon le jaune des symboles solaires illuminant le coeur des ténèbres, comme la promesse des jours meilleurs?
La « peinture de paysans » accessible à tous que voulait Van Gogh, aurait trouvé là sa forme contemporaine de distribution, quand aujourd'hui, une partie de l'oeuvre original est mise en sommeil dans des collections privées et les coffres de grosses compagnies d'assurance.
C'est une même façon d'appréhender le contact entre une expression artistique quelconque et son spectateur quelconque qui fait que, depuis 1995, les toiles de Philippe s'exposent aux murs des bistrots, des petits restaurants et de lieux aussi informels que la boutique d'une fleuriste. Sa peinture s'en va ainsi à la rencontre des profanes du grand Art, à l'aventure avec de mauvaises herbes au détour des sentiers battus.
On pense à ces musiciens qui reprennent inlassablement les morceaux fredonnés par des générations d'avant eux, jusqu'au moment où ils savent à leur tour écrire des partitions qui en découlent.
Avec des sujets intemporels, parce qu'il y a bien cent cinquante ans qu'ils sont ceux de tous les jours, les tableaux de Philippe Drumel sont davantage ceux d'un peintre témoin des traditions de son temps que des modes de celui qui passe. Longtemps, il n'avait eu d'autre ambition que celles des peintres du dimanche. Si les habitants de sa région d'origine de Mons, en Belgique ou ceux de Carcassonne en France où il réside, ont encore de temps à autre l'occasion de voir Philippe Drumel peindre dans la campagne environnante, celui-ci travaille plus souvent aujourd'hui dans l'intimité confortable de l'atelier. C'est que sa manière de peindre s'est précisée à un point qu'il est difficile aujourd'hui de traiter ses motifs sans un matériel encombrant, sans les modèles et la lumière tamisée qui permet une exécution optimale. Les tableaux ont considérablement grandi et puis, il y a cette recherche, ce choix du sujet qui semble aller à la rencontre de sa peinture, du symbole, de la matière et de l'abstraction.