Biographie de l'Artiste

LA DEMARCHE :

Se situer dans une continuité
Dans l'art abstrait, certains peintres ont ouvert des portes essentielles pour les générations à venir. La dimension de leurs oeuvres est considérable et complète, embrassant à elles seules une multitude de styles, de techniques, d'idées phares. Elles sont pour moi une référence. Ainsi, et pour exemple, l'improvisation fulgurante de G.Mathieu, les paysages de Zao Wou-Ki souvent comparés à ceux de l'âme, la gestuelle spontanée et sincère de J.Miotte ou de Soulages ont en commun une vérité troublante sur laquelle repose mon travail et mes réflexions. Selon les dires de mes aînés, rien de nouveau est apparu en France depuis ces cinquante dernières années. Il est temps pour ma génération de tenter de reprendre le flambeau et de continuer ce que nos pères ont commencé. L'art est une matière vivante qui évolue au fil des générations. En communion parfaite avec son temps, la peinture peut être tantôt le reflet de ce que nous sommes, tantôt nous montrer ce que l'homme peut devenir.

Se trouver soi même
Le mot abstrait n'est pas le synonyme de flou, vague ou irréel mais bel et bien l'expression d'un concret impalpable. Les sentiments sont sources d'inspiration. Leurs représentations et l'émotion qui en découlent sont issues de la combinaison geste/réflexion. L'abstraction lyrique par opposition à l'abstraction géométrique donne un nouvel outil au peintre : le geste - résultant de l'impulsion du mouvement créateur. Atlan, Hartung ou Pollock nous ont ainsi livré le moyen le plus direct d'exprimer l'émotion pure.

La peinture abstraite permet de dégager un essentiel qui n'est pas perverti ou souillé par l'intellect humain. Pas besoin de réflexion ou de philosophie devant une toile réussie. Une universalité du sentiment s'en dégage. A mon sens, ce point commun qui touche, n'est autre que la représentaion d'une dualité intrinsèque de l'homme, et la force qui en émane est celle d'où jaillit la vie.

Hervé Chouvel



Depuis le milieu des années 1980, Hervé Chouvel peint. Menée en dilettante et interrompue entre 1996 et 2000, sa pratique cherche à toucher le spectateur avec le seul moyen que la peinture possède en propre : la couleur. Aussi, en tant que plasticien, il récuse le collage et l'intrusion d'objets prosaïques et en tant que peintre, s'est-il résolu à l'abstraction. Ambitieuse, sa démarche se définit d'abord contre les faciles réussites de l'art décoratif. Loin de chercher à s'enfermer dans la rigidité d'un style reconnaissable ou à faire table rase du passé, ce peintre s'inscrit dans une tradition artistique notamment ouverte par V.Kandinsky. À l'américain J.Pollock, il emprunte ainsi une méthode en peignant des toiles posées à même le sol et en tournant autour sans privilégier d'emblée un sens de lecture.

On l'a compris : la peinture est ici un moyen de communiquer suffisamment efficace pour que la plume n'ait pas à venir au secours du pinceau : " Pas besoin de réflexion ou de philosophie devant une toile réussie ", souligne-t-il. Lieu d'élaboration d'une grammaire et d'une syntaxe formelles, la toile n'est pas non plus l'espace où le peintre s'abandonne aux complaisances de l'introspection ou à l'expression de ses angoisses.

Possédant les moyens de ses ambitions, Hervé Chouvel, dans son projet d'émouvoir le spectateur sans recourir à l'allusion de formes reconnaissables, révèle une technique acquise à la copie de peintures célèbres. Ainsi, certaines oeuvres de J.M.Turner et C.Monet, souvent invoqués comme précurseurs de l'abstraction, ont été reproduites par le peintre avant même que sa peinture ne devînt abstraite.

Aussi marqué par ses ainés, Chouvel H. a su toutefois garder ses distances vis-à-vis de ses références picturales. Ainsi, ces toiles réinventent et prolongent un héritage esthétique, proposant des compositions que l'imaginaire interprétatif du spectateur pourra lire comme des paysages ou des espaces irréels. Qu'importe, dès lors que sa peinture réussit à parler d'autre chose que d'elle même.

Michele André