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Bernard-Christian PIERRON à l'atelierAbstraction en trompe-l'oeil :

La démarche de Bernard-Christian PIERRON .

 

Bernard-Christian PIERRON est un artiste hors normes. Inclassable. Sa peinture non figurative va à contre-courant de l’abstraction contemporaine. Rigoureusement construite, travaillée en glacis où les aplats se superposent, elle trompe l’œil et procure l’illusion du relief. Elle nous parle d’un monde dont on ignore s’il est imaginaire ou parfaitement réel mais qui serait alors perçu sous l’angle inhabituel de l’infini.

 

Le processus de création

 

Confusion des sentimentsEpris de poésie et de littérature, l’artiste n’est jamais très loin de l’écriture. Il nous confie d’ailleurs que c’est pour fuir " l’angoisse de la page blanche " qu'il commence par poser une teinte uniforme sur la toile ou le bois. Ensuite seulement peut commencer le processus de création.

A la peinture à l'huile, soigneusement diluée pour la rendre fluide, il se plaît maintenant à mêler le métal : or, bronze, argent, cuivre ou étain. Les jus ainsi produits sont versés, renversés, partiellement mélangés, essuyés, estompés ou noyés, jusqu'à l'apparition d'une certaine harmonie. L'artiste peut choisir d'y laisser une empreinte. Il peut éclabousser l'espace, faire naître ici ou là un fleuve et son delta ou provoquer d'imperceptibles ruissellements. Le résultat est très aléatoire. Les couleurs en effet sont loin d'être figées. Elles vont encore muter, imperceptiblement dériver sur le support, se transformer au gré de l'évaporation.

 

L'oeuvre surgit, s'impose, devient évidente...

 

Les abeilles du désirQuelques semaines plus tard, quand le travail est enfin sec, la peinture n'est encore qu'un magma lisse et minéral que l'artiste va longuement explorer en tous sens, avant de procéder au minutieux travail de l'élimination. Il s'agit de noircir des zones plus ou moins importantes dans l'espace obtenu. L'artiste crée ainsi à main levée une série de " trous noirs ". C'est l'accumulation de ces " trous noirs" qui va faire naître peu à peu une image suffisamment évocatrice pour que le titre de l'œuvre surgisse et véritablement s'impose. Dès lors, tout devient évident. Le travail ne consiste plus qu'à donner tout son sens à ce titre.

Couche après couche, du plus sombre au plus clair, le noir se dissimule sous l'éclat d'une couleur qui le recouvre partiellement avant d'être à son tour cachée sous une autre couleur. C'est ainsi que se superposent successivement, par exemple : noir d'ivoire, tête morte violette, rouge de cadmium pourpre, rouge de cadmium foncé, rouge de cadmium moyen, rouge de cadmium clair. La couleur la plus claire sera éventuellement déclinée elle aussi, par ajouts successifs de blanc de titane, jusqu'à l'obtention d'un blanc orangé. En fait, il s'agit de superposer les aplats, mais en les dégradant de l'ombre à la lumière, chaque aplat laissant voir un mince liseré de l'aplat précédent. L'œuvre prend peu à peu du relief. L'artiste en souligne des détails, en gomme d'autres, trace une ligne pour donner du sens.

Chaque couleur nécessite plusieurs jours de séchage. On peut dès lors imaginer l'extrême lenteur de tout cela, une lenteur qui oblige à travailler en parallèle sur de multiples pièces. L'ensemble des tableaux réalisés au cours d'une même période va bien évidemment subir d'identiques influences. C'est d'abord celle de la musique, méticuleusement choisie puis écoutée en boucle. Ce sont aussi celles de la vie : les bonheurs et les peines qui vont au fil des jours imprégner chaque pièce jusqu'à faire de l'ensemble une œuvre.

 

Un harmonieux désordre

 

Avatar : la prémonitionCette œuvre est riche et cohérente. Elle semble étrangement jaillir d'un kaléidoscope imaginaire. On y trouve en effet le désordre harmonieux des pièces de verre multicolores dont les combinaisons multiples enchantaient notre regard d'enfant. Les formes dansent ou simplement dérivent d'un bord à l'autre de l'espace, évoquant tour à tour un mystérieux puzzle, un labyrinthe énigmatique, les crevasses d'une terre brûlée, le survol d'un pays encore inexploré, une sorte de vitrail abstrait sur lequel soufflerait un air de liberté.

Dans un théâtre d'ombre et de lumière habilement esquissé en trompe-l'œil, BC.PIERRON brosse l'inventaire de notre humanité, un inventaire joyeux et dynamique, quelquefois angoissant, mais résolument esthétique et toujours plein de poésie et de mystère.

A propos de "Un pont sur nos soupirs"

 

Un pont sur nos soupirs 1 Un pont sur nos soupirs 2 Un pont sur nos soupirs 3 Un pont sur nos soupirs 4 Un pont sur nos soupirs (détail)


Huile, or et argent sur bois - 50 x 50 cm
Photo 1 - Seul le fond est réalisé
Photo 2 - Création des premiers "trous noirs" qui remplacent partiellement le fond
Photo 3 - Ajout de nouveaux "trous noirs". Sur certains "trous noirs", 3 glacis successifs ont été superposés : tête morte violette, rouge de cadmium pourpre, rouge de cadmium foncé puis de nouveaux glacis sont venus se superposer : rouge de cadmium moyen, rouge de cadmium clair, orangé clair
Photo 4 - L'oeuvre est terminée
Photo 5 - Détail de l'oeuvre terminée (on voit parfaitement les glacis successifs)

Bernard-Christian PIERRON