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Corpet vous dit fuck
corpet-vous-dit-fuck - ARTACTIF
Septembre 2021 | Temps de lecture : 13 min | 0 commentaire(s)

À propos de l'exposition « Fatras » au château de Jau - Jusqu'au 2/6 septembre 2021

Dans quel sens allez-vous accrocher ce tableau ?

Si cette question ne se pose pas avec la Joconde ou la Dentelière, elle s'impose avec la série de « Tondos analogiques » peints par Vincent Corpet à la fin des années 80. On peut les tourner et les retourner comme on veut. Tout continue à faire sens. Même les personnages qui y figurent. Ils sont représentés sans la moindre perspective, comme une « fiche d'identité la Bertillo » ainsi que l'exprime joliment Philipe Ducat, plume de l'article que consacre ce mois-ci Art Press à Corpet. Nos bonshommes se regardent aussi bien en pied qu'en gisants.

Bashung en peintre ?

On retrouve ici la même indétermination du sens que dans les paroles des chansons d'Alain Bashung. Pavé dans la mare de l'art documentaire et militant qui semble, par ce rapprochement, chanter en mono comme les artistes de variété des années 60.

Mauvais outils

Le journaliste relève, comme indice irréfutable d'un pur regard de peintre, le fait que l'artiste travaillait, même en ce cas, avec des modèles posant pour lui et non sur la base de photographies. Corpet ne choisit jamais la solution de facilité. L'importance qu'il accorde au concept de contrainte dans son travail explique jusqu'au choix d'outils incongrus ou du moins inusités. Comme le crayon Glasochrom des photograveurs et photographes, par exemple, avec lequel il exécute les 602 dessins de ses « 120 jours de Sodome » inspirés par Sade, le « divin » marquis.

Portraits modèles

Autre outil étonnant : le modèle lui-même !  Dans la série des « Portraits analogiques », c'est chaque fois la personne représentée sur la toile qui décide quel motif y associer à ses propres traits dans la logique et la grammaire visuelle de Corpet. Il fallait oser. La contrainte encore, la contrainte toujours. Il est ainsi tout sauf évident de peindre des chênes, des marronniers et des châtaigniers reconnaissables dans un style à la fois post-cubiste et fauve comme le fit Vincent Corpet au milieu des années 80.

Fuck Maitres !

Même combat pour la série « Cellules-souches ». Le titre documentaire de Taïeb et Laguzet consacré à sa réalisation en annonce sans ambiguïté le programme :  Fuck Maitres ! Il s'agit ni plus ni moins ici que de réinterpréter des toiles connues de grands maîtres de l'art pictural. Reproduites en noir et blanc dans leur format d'origine, ces dernières sont ensuite « corpetisées » à grands coups d'aplats et via des adjonctions de motifs nés de silhouettes, de formes de traces devenant de véritables parapluies sur une table d'opération. Surréalisme pur ? Calembours dissimulés ? Les associations inattendues constituent, avec la fixation de contraintes superflues par l'artiste lui-même la seconde ligne directrice du travail artistique de Vincent Corpet.

Métaphores et métonymies

On notera à ce propos que ces ressemblances formelles et contingences matérielles ne sont rien sinon d'autres noms pour désigner respectivement des métaphores et des métonymies. Soit les deux figures majeures de la pensée. Cerveau droit et cerveau gauche la fois, le peintre s'adresse ainsi simultanément à l'œil et à l'esprit dans un aller-retour sans fin trouvant dans sa sophistication byzantine génératrice d'indéterminations une inépuisable source de jubilation de potache.

Ne confiez jamais un pinceau à un cancre surdoué. Il en sortirait un art pariétal futuriste.

Illustration : Vincent Corpet  - Diptyque - 1989 -97

 

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