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Jean-Yves LESAGE

Peintre




"Le rubis, la perle et le safir"
Acrylique sur toile
120 x 120 x 3 cm
© Jean-Yves LESAGE Loupe

Lignes
Absorbés dans une sorte de voyage ou de danse, les personnages tournent et progressent dans un théâtre, un décor symboliquement agencé et réuni dans sa diversité. Ils font chemin dans un espace rarement délimité par des éléments environnementaux (fumée, horizon). Déambulant selon des lignes proches de celles de MIRO, les tracés évoquent plus souvent le seuil où les présences prennent forme. Les sujets tutoient le ciel avec leurs antennes : cheveux, rubans, fleurs, ombrelles. Sans appui sur le sol ni ancrage vertical, ils flottent en tenant la main à des astres familiers. Parfois, l'étoile d'une espérance luit au bout du cheveu ténu d'une idée. La quête de l'essentiel émaille de symboles le batifolage de jeunes paysages étourdis.
 Entre les liens multiples d'une unité toujours à recentrer et la dispersion d'un chaos toujours limitrophe, le dialogue est perpétuel et cela relativise ces désordres joyeux. De temps à autre une flèche semble vouloir indiquer une direction, mais on devine que cet indice parcellaire ne suffira pas. Les êtres oscillent entre terre et ciel, au bord de l'eau les multitudes tournent autour d'une mer ravigotante. Poissons célestes, oiseaux plongeurs : la gravitation fait les pieds au mur, la Terre manque de masse. De petits voiliers prennent l'allure de gemmes spontanées, éclats ingénus d'une gaieté communicative. Ici, un arbre propose un axe ; là, cimes et astres tendent un lien horizontal à la manière d'une corde. Promenant leurs roues dans la profusion du monde, les cyclistes de passage ont la tête dans la sereine simplicité de l'univers stellaire.
Lumière
Lorsque sourdent les ténèbres, la lumière est diffusée par un quadrillage luminescent. Au travers de ce quadrillage passe le regard que le spectateur est invité à porter ; il prime sur le thème car c'est au regard qu'il revient d'éclairer. Parfois ce sont les personnages qui phosphorent, mystère de la lumière présente en toute chose : blancs ombrés, visages auréolés. Toutefois, jamais ne brille le soleil, affable mais pusillanime compagnon de route. La transcendance est ailleurs, elle émane et monte des êtres. Toujours en voie de recentration, la paix se nourrit d'un peu de tout. Secourables, les fleurs témoignent des couleurs du possible.
Dans la pénombre de lieux chargés d'histoire, l'Homme questionne de bienveillantes étoiles. A Lascaux ou ailleurs, des traces de ciel luisent dans les grottes. La lumière peut venir du sol, des murs car aucune source, ombre ou lumière, n'est univoque. Les teintes du feu, du métal rongé par l'eau et par l'air de la vie, se mirent les unes dans les autres comme celles de CHAGALL. Entre Terre et Ciel, les couleurs du cadre et du thème sont parfois complémentaires. Il arrive également que sur un thème identiquement agencé, deux ambiances chromatiques alternent comme aube et crépuscule.
Cadre et quadrillage
Souvent intégré à la toile, le cadre procure à l'environnement le caractère rassurant d'un univers familier. Comme autant de joyaux, de petits cristaux circonscrivent l'harmonie naturelle, éternelle, du microcosme. Souvent carrés, ils sertissent des cadres également souvent carrés, à la sagesse immanente. Fréquemment d'ailleurs, le périmètre sacré du cadre fait partie de l'oeuvre, l'imprégnant d'une loi d'harmonie personnelle qu'elle s'approprie.
Le quadrillage de la toile expose l'action en cours à la manière d''un carrelage. Comme un plateau d'échecs met en scène la partie qui s'annonce, le fréquent quadrillage droit agence un monde dispersé. Il arrive au contraire que la désorientation soit soulignée par le désordre de stries obliques. Les carreaux sont aussi ceux d'une fenêtre détachant le spectateur d'une vision par trop prenante. Quadrillage agraire du paysage vu par l'oiseau en vol et quadrillage scarificateur du portrait raconteraient encore un autre maintenu à distance. Le monde est vu avec recul ; ses agrégats éphémères font penser à l'incessante activité d'une fourmilière.
C'est qu'en un tel monde se jouent des jeux décisifs. La paix et l'amour y sont griffés par le contact, la griffure creusant l'écart. Se dégager peut sauver, mais aussi blesser. La vision panoramique raconte par facettes les tribulations de multiples histoires croisées. Les personnages se tiennent, s'imbriquent. L'environnement les disjoint et pourtant par la suite les séries d'événements qui les orientent, mutuellement libres, se télescopent. Des lignes les partagent, elles se prolongent au-dehors plus souvent qu'avec CHAISSAC ; mais un chamane est venu, il a apprivoisé les sillons qui s'estompent autour de lui.
Personnages
Les amoureux s'éprennent, se prennent, recréent un espace de sens. Leur amour ouvre une porte à la renaissance de l'espoir. Pour autant, leurs regards lointains et leurs expressions suspendues ne témoignent vraiment d?aucun ravissement, ni d'aucune béatitude. Accompagnés comme par PICASSO, nous regardons leurs visages aux sentiments mélangés à partir de plusieurs points de vue ; à moins que ce soit eux qui considèrent la réalité sous plus d'un angle, d'un ailleurs à ailettes, d'un ailleurs à facettes.
La séduction ne paraît pas outre mesure préoccuper les amoureux. Les corps arrondis comme des MATISSE n'empêchent pas la lumière des choses de s'agiter au sein d'un monde accéléré, leurs trajectoires de se croiser, de se heurter. Mais quand deux coeurs esseulés se découvrent, ils se recouvrent. La rencontre est une oasis de silence et d'immobilité dans la multitude. L'artiste nous donne à voir le cercle de leur réunion selon des plans variés, invitant notre conscience à tendre, à étendre les bras comme ils se pétrissent des mains.
Les sujets semblent s'interroger mutuellement, mais aussi attendre le monde, le spectateur. Comme ceux de Tirésias qui avait prédit le destin d'oedipe, leurs yeux sont sans prunelles. Pressé par son maître, le devin aveugle avait laissé tomber : « Tu es toi-même le meurtrier que tu recherches » et cela lui valut d'être congédié. Mais la vérité finirait par être dévoilée, précipitant oedipe dans une tardive et terrible lucidité. A leur tour, les regards atones de ces personnage-univers se font parfois brûlants, éblouissants. Mais subsiste leur énigme : quelle direction désignent-ils ? On dirait qu'ils regardent ailleurs, à travers nous.
Jacques Lécuyer - août 2005'Quand le mot outrepasse ses limites,
Quand il dégage un envoûtement de sa sonorité,
De son rythme, c'est là un autre domaine :
C'est l'indéfinissable.
C'est le langage propre à la poésie, à l'art ;
C'est le langage propre à la peinture de Jean-Yves LESAGE.
Le peintre ne cherche nullement à doubler le langage des mots :
Ces mots stables, communs, impersonnels.
Il s'agit « plus simplement » de suppléer leurs lacunes et leurs faiblesses.
« La peinture est un langage plus riche que celui des mots » (DUBUFFET) et
Jean-Yves LESAGE nous en fournit la démonstration:
Par l'expression d'une réalité poétique digne d'un artiste authentique.
Par le pressentiment d'une signification différente et neuve car
« le propos de l'art est de nous dire ce qui n'a jamais été dit, de donner
à cet indicible la forme plastique préjugée par lui impossible). Charles ETIENNE.
Cette forme plastique et expressive,
Cette chose à dire longtemps rêvée,
Il faut la voir, l'écouter, cheminer avec elle,
Tout simplement l'aimer.
C'est un don. Jacques FERNANDEZ  Juillet 2005.