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Didier LE BIHAN

Peintre

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Le peintre de l'île de sein
Venir et revenir à Sein est toujours fascinant.
A Men Brial, l'avant port ou à la cale de la poste, on débarque directement sur une terre plate, dunette d'un grand vaisseau de granit immobile, en partie immergé sur douze milles de long. Il suffit d'être monté au sommet du phare à marée basse par très fort coefficient et par temps clair pour garder en mémoire à jamais l'immense chaussée de pierres, tournée vers l'Ouest, balayée par les vagues. Avec Ar Men et An Namouic plantés en son milieu, elle fait partie de l'île, à vrai dire elle en est l'essentiel comme elle le fut il y a des milliers d'années.

Sur cette avancée extrême de l'europe, elle-même presqu'île de l'Asie habitent Senanes et Senans, peu nombreux, trois cents environ. A l'arrivée et au départ de chaque bateau, certains sont là, attendant des proches, repartant vers le continent ou tout simplement regardant la mer, les bateaux et l'horizon. Parmi eux, souvent, un homme, perché sur son vélo d'un autre age passe à toute vitesse. C'esr Didier-Marie Le Bihan de l'Ecole flamande, le peintre de lîle de Sein.

On met peu de temps à se rendre compte que c'est un être d'exception, au coeur gros comme ça, qui illumine par sa présence tout ce qui l'entoure. C'est un véritable artiste ou plutôt c'est bien plus que cela. Il peint comme devaient le faire longtemps avant lui les hollandais du 17éme siècle, ses maîtres, avec cette qualité de lumière dans ses tableaux qui rappelle les plus grands de cette époque, mais on le sent et on le sait capable de faire bien d'autre choses et de s'intéresser à tout.

On peut se demander pourquoi seules les natures " mortes" semblent avoir sa préférence. Pourquoi ni portait, ni paysage. La réponse est simple :il ne veut pas aliéner ne serait-ce qu'un pouce de sa liberté de créer ou d'agir. Donc il n'aime pas travailler sur commande, pour un mécène ou pour quiconque, il n'aime pas avoir une échéance pour terminer un tableau enfin il n'aime pas peindre des paysages.
C'est la réalité d'aujourd'hui. On rêve pourtant de ce qui pourrait jaillir, dans son imagination si fertile - je pense à Salvador Dali - si un jour dans son imaginaire, Sein, Senanes et Senans lui apparaissaient sous un jour transposable par son pinceau. Et c'est ainsi, nous voulons souvent que les désirs de ceux que nous estimons rencontrent les notres ; mais alors ils ne seraient plus eux.
Il y a quelques années, venant à Sein pour la première fois, je n'imaginais pas que, dans cette île à nulle autre pareille, j'y rencontrerai aussi un très grand peintre auquel je souhaitre un avenir à sa mesure.
Christian GOUX, Professeur émérite à la Sorbonne