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FREDERIQUE K

Peintre
Professionnel

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Rencontre avec Frédérique K, par Tristan Bacro... 

"D'être là, devant ses toiles, on me parle, on m'en parle, et cela m'embarrasse prodigieusement. On me dit qu'elle est seule et qu'elle peint enfermée dans sa musique. On me dit qu'elle a ses raisons. Profondes. Son histoire... Tu m'étonnes. Ce qu'elle fait, c'est qu'elle te prend dans sa guerre intime. Elle te balance en plein cyclone, dans le silence de son œil. Œil clinique. Elle te jette au visage une part du monde toute crue. Par résonance, parce que tu es un gentleman, tes vêtements se désagrègent. Et dans ces conditions, pris entre deux glacis où tu es son amant volatil, alors les animaux autour qui osent encore te parler – frotter leur verbe à toi – sont de foutus voyeurs. On me dit qu'elle ne se prend pas au sérieux. Elle aurait même oublié ou détruit quelques toiles, à l'occasion... D'aucun s'en indigne. Un goût ferreux surgit, mes dents crissent, je frémis d'une colère désespérée. Le diable si elle n'en avait pas le droit ! Ce ne sont pas des enfants ; ce sont des toiles, des moments, de l'air respiré, vicié, fuyant. Au nez de se réjouir d'en seulement saisir une vague émanation. Tous ces tableaux se figent à l'instant-même de leur rupture. Où Picasso empirait, elle cesse.
C'est son essence de muse, l'autorité sensuelle qui fonde l'érotisme.

Surtout pas de commandes. Pas de séries... peut-être. Mais des cycles et des saisons. Gris bleuté Bilal d'hiver ; vert Giverny de printemps ; transparences d'été ; feu félin d'automne ; ainsi de suite au bon vouloir des marées.
C'est le travail de son compagnon de l'endiguer. Il aimerait laisser au monde des ouvertures, des opportunités.
Un hommage ravissant tandis qu'il navigue en aveugle. Parce qu'un artiste un peu vrai n'a rien à exprimer : il crée un mode de préhension. Il ouvre une fenêtre où le mur semblait impassible. Un cadrage inédit.

En arpentant ces œuvres, j'étais quelques minutes à portée d'un mystère. Tout près de sa substance. Et si j'avais tendu la main, il se serait évanoui. Quelque chose, bien sûr, de la femme, c'est à dire de la mort et de la superbe. Il m'est revenu cette pensée deleuzienne sur la plainte : être confronté à un « trop grand pour soi ». La plainte sublimée, innervée par la peinture. Et ce trop grand des dames hautaines, du monde de la mode, du froufrou de Lautrec aux garçonnes Calvin Klein désabusées, dont la prunelle enbris de glace te pourfend, te plante là, éventré. Ces gerbes et ces stries émeraude à pourpre qui te laissent interdit – ne cherche plus – c'est ton sang sur leur peau. Ça ne leur fait ni chaud ni froid, elles sont déjà ailleurs. Leur visage de star pop-art t'a happé ; pendant ce temps leur corps s'est évanoui. Il n'a du reste jamais été là, jamais offert à toi, ni jamais à personne. Ce qui te reste, c'est une ombre drapée, un méandre de geisha, un jean déboutonné. Et aussi, cette ingénue volupté pastelle qui t'a d'ores et déjà pansé le cœur. Au sortir de ce foisonnement, parfum volé, j'emporte encore comme une gangue d'ocres charnus.
Je n'ai pas rencontré Frédérique K."