Gabriel JONES
Photographe
PRESENTATION
Entre instantanés et mises en scène, les partis pris esthétiques de
Gabriel Jones créent une amorce de fction dans la combinaison savante
du temps et du cadre, de l’ordre et de l’aléatoire, équilibre subtil
entre l’artifice et la crédibilité de l’image photographique.Ses
photographies sont des images plausibles mais comme décalées, hors du
temps et de l’espace de prise de vue, où se heurtent l’absurde et le
réel. La juxtaposition de ces éléments construit une complexité
visuelle ancrée dans la réalité quotidienne mais aussi distante de
celle-ci. Le va-et-vient entre l’aspect d’instantané de photos de rue
ou de paysage et la mise en scène donnent à ces images leur étrangeté
et leur force de séduction jouant de la tension entre le familier et
l’étrange.Entre la gravité d’un geste, et la légèreté d’un autre, il
cherche en effet à saisir l’instant précis où le sujet photographié
perd le contrôle de lui-même, le corps devenant ici le vecteur d’un
récit et d’une émotion à décrypter. Gabriel Jones capture des êtres
figés dans un entre-deux, un état d’incertitude qui rejaillit
fatalement sur le spectateur comme si chaque image contenait à la fois
ce qui se passa en amont, en nous laissant imaginer l’après... telle la
scène d’un film coupée au montage.Ces images posent le spectateur dans
une situation double : à la fois impuissant à dénouer totalement les
tenants et aboutissants de l’histoire qui se trame dans le cadre
restreint de l’image mais aussi actif, puisque la circulation de sens
énigmatiques instaure nécessairement un dialogue autour de chaque
scène. A chacun de scruter l’image qui dans les coins, derrière un
bosquet, à l’angle d’un mur révèle ses surprises et soulève des
énigmes. Nous sommes alors libres d’interpréter et de reconstituer les
histoires qui nous conviennent sans qu’aucune ne prenne le pas sur
l’autre mais où toutes coexistent en chacun de nous en fonction de nos
affects et de nos expériences propres.Si l’on sent une sorte de
désenchantement dans ce travail, celui-ci résiste par la fantaisie et
le décalage présents dans cette série. Ce sont des images sans chute
mais pas sans heurts où l’œil du photographe donne forme à des
émotions, des sentiments impalpables, des instants si brefs que seul
l’appareil photographique est apte à saisir. Par un renversement
inexplicable, la réalité cadrée par l’artiste devient surréelle. C’est
là que réside tout l’intérêt de ce travail dans cette capture si
fragile de l’éphémère, dans la saisie si improbable de multiples
sensations offertes au regard du spectateur. Charlotte Lorant







