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Le mouvement surfiguratif avec Jacques Cauda

...réécrire l'image, surfigurer le réel


Pourquoi la peinture a-t-elle cédé sa place, son espace, peu à peu à l’image, jusqu’à devenir abstraite (de toute figuration) et déclarée morte par beaucoup d’artistes ? C’est la question posée par Jacques Cauda, quand il crée au début des années 2000 le mouvement surfiguratif. Rencontre avec l’artiste qui nous explique ce mouvement, décrit son cheminement et présente ses techniques de travail.

 

Le triomphe de l’image : quel avenir pour la peinture ?

L’image montre tout. C’est le produit d’un œil industriel. Un œil sans quoi rien n’existe. Le réel, aujourd’hui, n’apparaît réel que s’il est visible. Tout est photographié, cinématographié, vidéographié, radiographié : gens, corps, dedans, dehors, bêtes, flore, vivants, morts, paysages terrestres, sous-marins, sublunaires, etc… Quel avenir donc, pour la peinture, dans cet espace entièrement maîtrisé par l’image, avec qui elle a peu à voir ? La peinture n’est pas une image, même si elle utilise les images pour exister entre les regards.
À ses yeux, il s’est vite imposé que l’espace à reconquérir était celui-là même qui faisait écran. La peinture allait à son tour prendre pour seul modèle, cette image (comme déjà-vu) dont le monde était devenu le reflet asservi. Elle allait se substituer à elle et redonner à ce monde une figure, un regard, elle allait le surfigurer !
La figure est au commencement de la peinture occidentale. C’est son motif premier. C’est ce qu’elle montre avec empressement pour cacher ce qui ne saurait se voir. Car la peinture est toujours un palimpseste. À la différence de la photographie qui ne cache rien, la peinture recèle aux yeux du monde l’inavouable, le monstrueux. Ainsi toute peinture est un masque posé sur l’invisible. Toute figure est déjà une surfigure.

 

Le mouvement surfiguratif :

Une invention est venue à manger peu à peu le monde et sa représentation, jusqu’alors dévolue à la seule peinture : cette invention c’est la photographie. La figure va alors disparaître dans l’insignifiance générale, la peinture va redevenir curieusement maladroite et bientôt abstraite (de toute figuration).
La peinture, aujourd’hui ne peut être conçue qu’avec ce qui à la fois l’anime et la remet en question, avec ce qui l’a toujours animée, la lumière, et avec ce qui l’interroge depuis l’invention de la photographie, la figure. Telle est l’ambition du peintre surfiguratif : redonner un regard au monde aveuglé où rien n’existe plus désormais en dehors de son image aveuglante, en un mot : surfigurer !

Surfigurer, c’est prendre pour objet des sensations dont la source n’est plus le réel mais sa représentation rétinienne. Le monde est devenu une image et le peindre, c’est réécrire cette image.
La photographie reproduit, la peinture surfiguratif représente une histoire déjà écrite qui revient au monde sous les traits de la surfigure. Le mouvement surfiguratif se meut des origines de la peinture jusqu’à nos jours, du commencement jusqu’à l’éternité.

 

Un tableau au pastel étape par étape :

Etape N°1   Etape N°2   Etape N°3
 
 
         
"Didier Lockwood", pastel à l'huile étape par étape
  Etape Finale

Étape 1 : Le pastel glisse sur le papier, ce sont les premiers traits, l’esquisse.

Étape 2 : Le « sujet » prend forme peu à peu, au fil des couches successives, jamais trop nombreuses, trois ou quatre au maximum.

Étape 3 : Quelques estompes « plus tard », le fond est traité en aplat d’une seule teinte quasi uniforme.

Étape finale : Encore quelques estompes et quelques rehauts, et c’est fini !

 

 

INTERVIEW de Jacques Cauda

 
Quelle technique employez-vous pour réaliser vos portraits surfiguratifs ?

Rien ne me convient mieux que le pastel à l’huile. Une technique qui souvent fait sourire : ce ne sont que des crayons de couleurs destinés aux enfants ! Je crois plutôt que ce sont les contraintes du pastel qui découragent les artistes. D’une part, les couleurs sont imposées, et ne se mêlent pas, ou peu, ou mal. D’autre part, l’habilité du trait est très importante, l’estompe au moyen du doigt, d’un chiffon ou par grattage, ne se faisant pas aussi aisément qu’on le souhaiterait. Mais c’est aussi un medium d’une grande liberté ( la liberté vient souvent de la contrainte, n’est-ce pas ?) . Spontanéité et émotion sont en prise directe avec la main, au contraire de la peinture qui se sert d’un pinceau ou d’un autre intermédiaire.
Le pastel à l’huile a un autre avantage, celui de conjuguer dans le même geste la ligne et la lumière, le trait et la couleur. Un geste qui me renvoie à l’écrivain que je suis et qui ne travaille jamais face à son support mais en surplomb comme celui qui écrit au dessus d’une feuille de papier. Un bleu, par exemple, exprimera l’articulation qu’il y a entre le souffle du monde et celui du modèle. Et il en sera de même avec le noir et le blanc dont le rapport soulignera ce qui est à l’origine de la peinture : l’émotion que procure le tracé du tout premier trait.

Quel papier utilisez-vous ?

J’utilise du papier « mince », d’un léger grammage, lisse et brillant, sur lequel le pastel glisse comme une planche de surf sur la vague. Son seul désavantage, c’est précisément sa légèreté, sa fragilité. Gare aux estompes trop appuyées ! En revanche, marouflé sur une toile montée sur châssis, sa légèreté devient un atout : papier et toile se confondent parfaitement.

Quels pastels conseilleriez-vous ?

Les meilleurs pastels sont ceux qu’a créés Henri Sennelier en 1949 pour Picasso. Leurs qualités sont connues et reconnues : douceur, onctuosité, fraîcheur et richesse des pigments. Et l’étendue de leur gamme pallie la contrainte que j’ai évoquée plus haut, elle est de 120 couleurs ! Mais je ne les ai pas encore toutes utilisées.


 

Jacques Cauda: peintre, écrivain et musicien